Quant à compter sur l’œuvre du temps pour faire éclore une volonté qui n’existe pas, c’est imiter en philosophie le raisonnement de ces faux savants qui affirment que le monde s’est fait tout seul, et que l’univers est sorti de rien avec l’aide du temps.
A ce début magistral de la page sublime qui ouvre l’Évangile de saint Jean :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu… », à ces lignes inspirées, que nul ne peut lire ou entendre sans un tressaillement sacré, et que l’homme ne pouvait écrire que sous la dictée divine, les faux savants en question ont substitué leur évangile à eux :
Au commencement était le néant, et le néant n’était dans rien, et le néant n’était rien…
Et ils continuent ainsi :
A force de n’être rien, le néant est devenu quelque chose. En y mettant des milliards et des milliards d’années, le néant est devenu une monade. Et de cette monade, avec le concours d’autres milliards et milliards d’armés, tout est sorti. Le monde entier a donc été produit par le néant. Le rien est devenu le tout. Au moyen de quoi ? au moyen du temps.
Or, qu’est-ce que le temps ? à lui tout seul est-ce un facteur ? Le temps, comme facteur, est un zéro. Et pas même un zéro, puisqu’il ne s’ajoute pas aux autres facteurs et ne leur ajoute rien, mais se borne à les contenir. Tout facteur qui opère, opère dans le temps. La succession des diverses opérations : développement, usure, métamorphose, que de nombreux facteurs accomplissent dans le temps, peut être fort longue avant d’aboutir à un résultat qui s’aperçoive : on dit alors que le temps a fait son œuvre. Mais ce n’est là qu’une façon de parler, qui peut donner le change, et qui, malheureusement, le donne. Développement, usure, métamorphose, se sont accomplis dans le temps, grâce à d’innombrables facteurs travaillant sur la substance livrée à leurs opérations. Mais le temps, lui, n’a rien développé, rien usé, rien modifié. Car le temps n’est pas une force. Il n’est ni force matérielle, ni force morale. Il n’est que l’évaluation de la durée, laquelle n’est elle-même que la mesure de toute succession d’opérations.
La volonté, donc, ni ne se crée, ni ne se développe à l’aide du temps. Toute volonté existante existe avec sa totale plénitude, et doit son existence à l’intervention directe de Dieu, qui en dote l’âme au moment où il la crée. Ce cadeau que Dieu fait à la personne humaine en l’appelant à la vie, il le lui fait d’un seul coup, entier et inaliénable. Il ne le lui reprendra jamais. Et il ne lui permettra jamais qu’une volonté étrangère, non même la sienne, s’y substitue.
II
Un traitement physique de la personne humaine peut-il créer ou développer la volonté ?
S’il est chimérique et vain de s’essayer à créer ou à développer directement dans l’être humain la faculté de vouloir, ne pourrait-on parvenir à ce but d’une manière indirecte, au moyen d’un développement ou d’un perfectionnement des facultés physiques de l’individu ?