Dans les cas de suggestion et d’hypnose, ce n’est jamais sur la volonté de l’hypnotisé que l’hypnotiseur agit, mais sur sa connaissance. L’hypnotisé, comme le fou, conserve intact son vouloir au milieu des plus bizarres détraquements de sa mentalité ; ce sont ces détraquements qui, seuls, le jettent à l’exécution d’actes si étranges, et si contraires à son caractère, qu’on croit devoir les attribuer à une substitution de volonté. De tels actes ne sont en réalité que le résultat d’une altération de connaissance, due aux troubles cérébraux provoqués par un phénomène d’ordre physique.

Non seulement il faut déclarer immatérielle la volonté de l’homme, faite à l’image de celle de Dieu, mais on peut découvrir dans l’animal, dans la plante, et jusque dans la créature la plus inerte et la plus insensible, une sorte de principe spirituel qui représente le vouloir de ces êtres inférieurs. Vouloir tout instinctif et tout fatal, imposé à la nature de l’être par son Créateur : vouloir cependant, et qui se différencie de la substance matérielle de l’être, ne saurait se confondre avec elle.

Quand je place un objet dans des conditions d’équilibre instable, je m’aperçois que cet objet ne veut pas tenir ainsi posé, qu’il veut reprendre son équilibre. Quand l’héliotrope tourne vers le soleil ses boutons près d’éclore, je constate que la fleur de ce végétal veut s’ouvrir et s’épanouir à la lumière. Quand un chien accourt à mon appel et qu’un oiseau s’envole dès que je fais mine de l’approcher, je dis que le chien a voulu venir à moi et que l’oiseau a voulu me fuir. Ce sont bien là les manifestations de quelque chose qui dépasse le domaine des sens et qui ne peut être modifié par aucune action matérielle : car, si je puis fixer cet objet par des clous ou des cordes dans l’état d’équilibre instable où je l’ai placé ; si je puis contraindre par un tuteur les fleurs de l’héliotrope à rester tournées du côté de l’ombre ; si je puis éloigner le chien en le menaçant d’un bâton, ou capturer l’oiseau en l’attirant par du grain répandu, je ne puis faire que la loi, la tendance et l’instinct qui régissent la position et les mouvements naturels de ces êtres soient autres qu’ils ne sont.

Loi, tendance et instinct sont donc bien des forces d’un autre ordre que la matière elle-même, des forces sur lesquelles, par conséquent, nulle mesure matérielle ne saurait avoir de prise.

Si cette volonté instinctive, involontaire et fatale de l’animal, de la plante et du minéral, — volonté qui n’est qu’une loi de leur nature et tout au plus une sorte d’âme sans conscience responsable, — échappe à toute action matérielle, directe ou indirecte, à plus forte raison doit y échapper notre volonté humaine, personnelle, libre, consciente et immortelle.

III
Pouvoir. Savoir. Vouloir

Voilà donc chacun de nous avec sa dose de volonté inaugmentable et irréductible. L’illusion de ceux qui se faisaient fort d’en procurer des suppléments, tout comme l’illusion de ceux qui espéraient en acquérir quelque surcroît, doit tomber devant la constatation des faits et leur scrupuleuse analyse. Chacun de nous n’a de volonté que ce qu’il en a reçu de Dieu au moment de la création de son âme. Il n’en aura jamais ni plus ni moins.

Mais cette dose est-elle la même pour tous ?

Il semble bien que non, et que ce soit l’évidence même qui le prouve.

Cependant regardons-y de près avant de répondre.