MARGUERITE MORENO
UNE FRANÇAISE
EN ARGENTINE
PORTRAIT DE CIOLKOWSKI
PRÉFACE DE YVONNE SARCEY
PARIS
GEORGES CRÈS & Cie, ÉDITEURS
116, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 116
MCMXIV
Marguerite Moreno
Quand j’étais toute petite fille, je rêvais souvent de l’Amérique — de celle qu’on connaissait peu — l’Amérique du Sud… Il me semblait que voler à la conquête de ce pays fabuleux était une entreprise pleine de hardiesse et digne de toutes les récompenses. Combien de fois, dans la conversation des grandes personnes, entendis-je résonner comme un refrain ces mots fatidiques : partir à la conquête de l’Amérique ! Cette fameuse « conquête » prenait alors la valeur des choses inouïes qui dépassent l’entendement ; c’était quelque chose comme l’héroïque aventure de la Toison d’Or ou la cueillette des pommes au Jardin des Hespérides. Ma candeur enfantine apercevait volontiers cette moitié d’île comme un lieu mystérieux où tout est miracle.
J’imaginais, à son propos, des histoires qui n’avaient ni queue ni tête. Tantôt c’était un humble garçon qui, mourant de froid et de faim, l’abordait, et puis, un beau jour, de ses grosses bottes de sept lieues, il frappait quelque rocher « enchanté ». Celui-ci se déchirait dans un bruit de tonnerre et… les trésors coulaient à flot. L’humble garçon n’avait plus qu’à rentrer dans ses pénates, où personne ne le reconnaissait plus bien entendu, et il expliquait, en secouant des sacs de dollars : — C’est moi l’oncle d’Amérique !
Tantôt… Mais vous n’attendez point que je vous conte les exploits de tous mes héros d’Amérique.