— Non, pas les lions. Mais j’ai en liberté chez moi de petits tigres et de petits pumas que vous verrez tout à l’heure en prenant le thé…
Je crois bien qu’aucun de nous n’a grande envie de prendre du thé…
Tassistro nous a quittés un instant, il revient avec une poignée d’herbe, et nourrit devant nous des hippopotames vêtus d’une pourpre granuleuse, et des rhinocéros maladroitement taillés dans du basalte qui accourent à son appel.
Et que d’oiseaux se lèvent quand nous passons ! Leurs plumages éblouissants se détachent sur des fonds de verdure disposés avec un goût original et séduisant. Nous reviendrons souvent ici, j’en suis sûre !
— Voilà des guanacos, le lama d’Argentine, me dit Navarro en me montrant un groupe de singuliers animaux, hauts sur pattes, le cou long, mince et flexible, dont le poil est d’un jaune doré sur le dos et blanc au ventre et à la poitrine. N’approchez pas trop, ils ont, comme la vigogne leur cousine, la funeste habitude de cracher au visage des visiteurs, c’est leur manière de se défendre : elle en vaut une autre ! Pourtant, ils sont timides, et les chasseurs en ont fait des hécatombes pour avoir leur fourrure. Le gouvernement a dû les protéger en en défendant la chasse à certaines époques de l’année, sans cette mesure l’espèce aurait peut-être déjà disparu.
M. Tassistro nous énumère ensuite les animaux caractéristiques de l’Argentine : la chaja, un bel oiseau qui se fait rare et qui garde les maisons isolées aussi bien que le plus féroce boule-dogue, l’autruche, la vigogne, le tatou, que l’on mange sous son nom populaire de « mulita », le skunk, le puma, ce lion de l’Amérique du Sud, et d’autres encore dont il nous montre à mesure des spécimens superbes ; voici un iguane, lézard énorme, inoffensif et bariolé.
— Il né sait pas mordre ! céloui là…
Je commence à me sentir lasse, mais je n’en dis rien, pour ne pas gâter le plaisir de Marthe qui ne peut quitter la cage où courent, s’entrechoquent, tombent, se battent, se suspendent, mangent, agitent leurs babines et se grattent, un tas de petits singes jaunes du Paraguay, coiffés en brosse, plus remuants et plus vifs que des souris.
— Regarde ce gros, me dit-elle, tu ne trouves pas qu’il ressemble à mon professeur de piano, Madame Mussieux ?
— Les singes réssemblent seulement aux hommes, répond Tassistro qui s’avance vers nous, un jeune orang-outang dans les bras, jamais aux dames, qui sont toujours çarmantes… N’est-ce pas, messieurs !