— Voici un nid de condors…
La lune se levait, sa lumière atteignit l’angle d’un rocher, et nous vîmes s’agiter d’énormes masses grises, tandis qu’une sorte de râle parvenait à notre oreille…
Un désir ardent me venait de contempler de plus près l’hôte formidable des Andes… hélas ! des pentes abruptes et des précipices me séparaient de ce nid de géants ailés… Il me fallut attendre au lendemain pour voir de près, sous le soleil, un condor captif dans le « patio » de la maison de M. Danley. J’appris que le grand oiseau de proie dort à peine, — la légende lui attribue même une insomnie perpétuelle, — et qu’il est presque impossible d’approcher son nid, placé toujours sur des pics à peu près inaccessibles. Cependant, quelquefois, un chasseur hardi, ou aidé par le hasard, découvre un poussin que ses parents, qui chassent toujours ensemble, ont abandonné momentanément, il s’en empare, et après lui avoir mutilé une aile, il l’installe dans la cour de sa demeure. Là, le condor grandit, vieillit et meurt sans avoir connu l’ivresse de planer et la joie aiguë de fondre sur une proie vivante.
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Nous avons quitté l’hospitalière petite maison avec regret… Reverrons-nous cet homme si fin, si clairvoyant, cet amoureux fervent de la beauté ? Il nous a promis de venir nous voir à Buenos-Aires, et nous a montré avec orgueil les fils télégraphiques qui suivent la vallée :
— Je vous enverrai une dépêche, nous dit-il, les communications sont si faciles !
Et c’est vrai ; je constate tout à coup combien ces régions à peu près désertes sont facilement reliées à la capitale. M. Danley, Georges même, ont eu en deux heures le télégramme annonçant notre départ de l’estancia, et on sait au fond des mines les nouvelles du vieux et du nouveau monde chaque matin !
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Enfin ! nous avons atteint le but de notre voyage, Marthe est tombée en sanglotant dans les bras de son mari, qui, lui-même, avait les yeux humides, pendant que Pío et moi les regardions tout émus.
Après un déjeuner qui nous a été offert par les ingénieurs, nous sommes allés visiter les galeries, voir transporter le minerai dans les wagonnets qui le descendront le long d’un câble d’acier, jusqu’au fond de la vallée.