La mine est à près de quatre mille mètres d’altitude. Au flanc d’une montagne voisine, nous pouvons voir, petite et noire comme l’entrée d’une fourmilière, l’ouverture béante d’une autre mine, elle contient de l’or, celle-là.

Georges nous montre comment fonctionnent les machines et s’enthousiasme en nous décrivant les incalculables richesses minérales de l’Argentine. Son séjour ici n’a pas seulement raffermi sa santé et bronzé son visage, il lui a donné la conviction absolue que presque toutes ces montagnes contiennent des trésors, et des trésors plus accessibles que ceux déjà exploités ; il a beaucoup causé avec ses compagnons de travail et avec les géologues que la compagnie leur a adjoints, tous sont de son avis, et plusieurs ont déjà fait des explorations probantes.

— Il y a de tout dans ce pays, s’écrie-t-il, de l’or, de l’argent, du cuivre, de l’antimoine, du fer, du charbon et même du pétrole. Mais il faut des hommes pour exploiter tout cela… et on a mille peines à en trouver ; les émigrants restent à la ville, et les « chinos » préfèrent le travail au grand air. Ah ! si nous avions la main-d’œuvre nécessaire !

Georges a attrapé la maladie du pays, la « hâte », et il hausse les épaules quand l’un de nous prononce le mot « patience » !

Nous avons cependant patienté trois jours avant de reprendre le chemin du retour, en nous émerveillant de la résistance dont mon cousin a fait preuve, et de son courage au travail. Ceux qui restaient nous regardaient avec envie, mais aucun ne songeait à déserter sa tâche, car tous sentent qu’ils partiront riches et libres, et c’est une perspective qui permet d’attendre !

La mission de Georges est terminée pour cette année, il l’a accomplie à merveille, le voilà sur la route de la fortune…

Nous avons fait nos adieux aux mineurs, et regardé une dernière fois le panorama merveilleux de la profonde vallée hérissée de cactus fleuris, enserrée de murs de granit, et j’emporte au cœur le désir de revenir, et un amour plus fort pour ma nouvelle patrie.

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Les montagnes se sont effacées à l’horizon, la plaine s’étend de nouveau devant nos yeux, presque dorée maintenant : voici la banlieue et ses villas, voici les faubourgs, et c’est Buenos-Aires.

Mamita est à la gare, elle s’extasie sur notre bonne mine, et ne me cède qu’à regret à nos amis qui l’ont accompagnée. On lui présente Georges, et nous regagnons la petite maison où je suis arrivée avec tant de mélancolie et si peu d’espoir, et dans laquelle je reviens étourdie de bonheur et fière d’un amour partagé…