Des agents de police à cheval font ranger la foule : le président de la République passe… il est précédé de beaux hommes à cheval, vêtus de blanc et cuirassés, et suivi d’un détachement de soldats dont l’uniforme rappelle celui des grenadiers du premier Empire… Le régiment de San Martin.
Le flot humain qui noircit les rues se dirige vers l’endroit où les troupes vont défiler et manœuvrer… Nous sommes dans une tribune, et je suis à la lorgnette toutes les évolutions militaires… Au loin, sonnent les cuivres, et l’on voit passer comme une trombe les cavaliers soudés à leur selle… voici les fantassins en vêtements sombres… leurs bottes jaunes marquent un pas impeccable… les artilleurs se balancent sur les affûts des canons qui luisent au soleil… le train des équipages, ses fourgons, ses mules… des brassards blancs marqués d’une croix rouge… le drapeau !
Et tous, tous, depuis le président de la République jusqu’au plus humble, jusqu’au plus nouveau citoyen, saluent d’une acclamation formidable ce chiffon sacré sur lequel entre les deux couleurs candides, se lève un jeune et rayonnant soleil !
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Nous traversons de nouveau la ville, les boutiques sont fermées et la foule est plus nombreuse encore qu’avant la revue ; les voitures ne circulent plus, des bouquetières vendent des fleurs bleues et blanches, on achète des cocardes, des médailles, des plaquettes émaillées, des pères portent sur leurs épaules de petits enfants à moitié endormis… On attend les illuminations, et voici déjà que les premières guirlandes de lampes électriques commencent à briller aux frontons des monuments…
Nous rentrons pour nous habiller avant d’aller au théâtre Colón où se donne la représentation de gala…
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Un brouillard de poussière lumineuse plane sur Buenos-Aires, nous arrivons au Colón, non sans peine, et me voici dans la loge de Carlos Navarro, cette même loge d’où j’ai vu pour la première fois ceux qui sont maintenant presque tous mes amis, et dont plusieurs sont mes parents… je suis assise entre l’amie qui m’a accueillie et le mari qui m’a donné son nom et sa vie…
Je regarde Délia Ortiz de Marino, Lucia Iturri de Hansburg, Léonor Cruz de Valdeña, Gloria Villalba, leurs beaux visages me sourient familièrement… il me semble que nous avons grandi ensemble…
Toute la salle est debout : l’orchestre joue l’hymne Argentin…