Avec une gravité douce, le prêtre l'interrompit.

«Tais-toi, ami, tais-toi... Dieu tient tout dans ses mains... Certes, ce me serait une grande joie le jour où vous monteriez à ma pauvre paroisse pour me demander de vous bénir au nom du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob... Mais il ne sied point de penser à ces choses...

—C'est juste, fit André, ironique... Une superstition affirme que ceux-là dont la mort est désirée enterrent qui la souhaite.»

C'est en souriant que son ami le reprit:

«Le point de vue auquel je me place diffère un peu du tien.»

Mais l'amertume était montée aux lèvres d'André et y restait.

«L'amour du prochain?... Pour ne pas vouloir de mal à celui-là, je ne suis pas assez chrétien, mon cher. Mais ces remarques sont oiseuses. Lambertier est de ce monde, ce qui est tant pis pour le monde... Aux fins d'abolir son péché, ma femme dispose d'une autre ressource. Elle n'aurait qu'à m'abandonner, n'est-ce pas?... Son salut éternel vaut bien ce sacrifice.

—Qui parle de cela?

—Eh! sais-je donc tout ce que peut lui suggérer sa funeste amie? M'abandonner, c'est tellement simple... et abandonner son enfant aussi... ou bien me le prendre. A ce prix, elle ferait sa paix avec Dieu.»

Il s'était levé et marchait par la chambre, en proie à une surexcitation peu habituelle à cet esprit ferme et pondéré.