«Allons, André, garde-toi des jugements téméraires. Mme Rogerin assurément ne songe à rien de pareil et personne sans doute ne l'y pousse.
—Explicitement, non... ce serait trop abominable et monstrueux. Mais, dans cette pauvre tête exaltée, Dieu sait quel chemin font les idées, et les transformations qu'elles subissent. Oui, ce serait monstrueux... Car enfin, Augustin... pardonne-moi de parler dans un esprit aussi profane... acceptant même la doctrine catholique et ne me considérant pas comme le mari de ma femme, elle a des devoirs envers moi... elle n'a pas le droit de me rendre malheureux.
—Le droit au bonheur, mon ami, il n'est inscrit nulle part. Et je te ferai remarquer que, dans l'espèce, ton malheur étant issu de la faute que tu as commise en détournant une conscience catholique, c'est bien toi qui en es l'artisan.»
Encore une chose que lui-même avait dite et qui se retournait contre lui. Voyant sur son visage une contraction d'humeur:
«Mes paroles te blessent? reprit le curé... Tu m'as cherché, André, je te réponds.»
Vivement une main se tendit vers la sienne:
«De toi, Augustin, rien jamais ne me blessera.»
Et s'asseyant, plus calme, mais amer encore:
«Ainsi tu n'admets pas que l'homme soit justifié à chercher le bonheur, le plus honnête, le plus légitime des bonheurs: celui du foyer? Dieu permet l'amour pourtant, puisqu'il le bénit. Où donc est sa bonté, alors?
—Tu viens de le dire: Dieu bénit l'amour... C'est sa bénédiction qui manque au tien. Oui, il est bon, oui, il permet et il veut le bonheur de ses créatures, mais en tant que ce bonheur ne viole pas sa loi; car sa loi est plus forte que sa bonté.»