Secouant sa tête fine et douce, la jeune fille reprit, très grave:
«Raillez, raillez, mon oncle... je suis sûre que Dieu a quand même été content de vous voir chez lui ce matin.
—Tu crois? C'est bien aimable de sa part. Au surplus, continua le docteur d'un ton plus brusque, nous sommes des gens très heureux, et nous le méritons, n'ayant rien à nous reprocher, que je sache. Ton Dieu ne nous tient donc pas rigueur pour être des mécréants.
—Parce qu'il est très bon... Et vous aussi, d'ailleurs.
—Merci de cet hommage. Là-dessus je vais déposer ce harnais de fête et reprendre celui du travail. Un gros courrier à ouvrir, mon carnet de visites pour demain à vérifier, la dernière main à mettre au mémoire que je dois lire à l'Académie de médecine... Embrasse-moi, petite mystique... je ne te retiens pas.»
Ce soir-là, retirés de bonne heure dans la chambre conjugale, le docteur dit à sa femme:
«Il faudrait qu'Élisabeth se marie. Voilà ses idées de religion qui la reprennent.
—L'influence de son amie Monique.
—Elle la voit donc beaucoup?
—Beaucoup trop. Mme Guivarch a sur Élisabeth l'autorité morale que lui confèrent ses deux années de mariage... Ces souvenirs sont du temps où, au couvent, elle était sa petite mère. Lorsqu'elle s'est fixée à Paris, le lien s'est renoué.»