Cela était dit d'un ton si calme, si ferme, si fier aussi et si doux à la fois, que Mme Lambertier—pourtant n'était-elle pas sans avoir escompté cette réponse—en demeura d'abord muette de saisissement.

«Oui, madame, si vous le désirez, j'irai.

—Mais... M. Rogerin?...

—Il m'en coûtera sans doute d'avoir, pour la première fois, à lui cacher une de mes actions. Pour une bonne action, néanmoins, je puis me le permettre, je pense.

—Ah! Élisabeth, vous qu'autrefois j'ai appelée ma fille... comme autrefois laissez-moi vous embrasser.»

Non, ce n'est pas ainsi, jamais, qu'elle l'avait embrassée autrefois...

«Vite, que je porte à mon fils cette bonne nouvelle. Quand viendrez-vous?

—A l'instant même. Emmenez-moi. A cause de mon mari, en effet, à la réflexion peut-être me raviserais-je... Oh! à cause de lui seulement, car, pour le reste, rien ne serait changé dans mes sentiments... Plutôt que ce soit immédiat. Veuillez me donner quelques instants pour m'habiller et je vous suis.»

Sa toilette rapidement faite, des instructions laissées pour la promenade du petit Gabriel, et elle prenait place dans le grand coupé bas de Mme Lambertier, cette voiture de rhumatisante que toujours elle avait connue à sa belle-mère. Oh! ces souvenirs qui revenaient... Tandis que les emportait vers l'avenue d'Iéna le trot souple et allongé des deux beaux carrossiers normands, l'une et l'autre demeuraient silencieuses. Ce n'est pas tant le léger trouble causé par son coup de tête, à présent, qui remplissait l'esprit d'Élisabeth; ce n'était pas une émotion de revoir cet homme que jamais elle n'avait aimé, que même n'avait-elle point haï. C'était un bouillonnement de pensées confuses qui montaient en elle comme une houle, une sorte d'exaltation sans objet encore bien défini. Mme Lambertier respectait son mutisme.

Lorsque la voiture roula sous la voûte de cet hôtel où elle avait régné en maîtresse, ce lui fut une sensation singulière. Foulant la première des marches, cette remarque intérieurement se formula: