«Vous êtes, ma chère enfant, la bonté, la générosité mêmes... au delà encore de ce que j'attendais de vous. Et cela m'encourage à vous rendre le message de mon fils. Il n'a jamais été religieux, vous le savez, irréligieux pas davantage: indifférent seulement à ces choses, comme à tout ce qui n'était pas sa jouissance ou son plaisir. Depuis pourtant que son âme s'est révélée, une inquiétude l'a pris de ce qu'elle deviendra après son corps... ce corps duquel seul il s'est occupé pendant ses belles années de jeunesse et de maturité, et qui est aujourd'hui celui d'un vieillard. Sans avoir à ce sujet une croyance bien ferme, il pense que cette âme peut-être ne mourra point et il ne voudrait pas qu'elle quittât ce monde sans avoir obtenu le pardon de celle qu'il a offensée si gravement. Il m'a priée de venir le solliciter de vous.
—Oh! madame, pouviez-vous donc, pouvait-il en douter? Pourquoi, de quoi lui garderais-je rancune! Les chagrins d'autrefois sont effacés... Quel mal me fait-il à présent?»
Oh! la chère petite âme héroïque, qui saignait en prononçant ces paroles...
«La charité nous commande le pardon des injures... et je serais bien dure si je le lui refusais à lui, quand il souffre, quand il est malheureux. Mais, dites-le lui, madame, ce n'est pas uniquement par devoir de chrétienne que j'en use ainsi avec lui... dites-lui bien que c'est vraiment du fond de l'âme... Je ne sais quels mots trouver pour l'en assurer mieux.»
Mme Lambertier hocha la tête.
«Vos mots sont excellents, et il me suffirait de les lui rapporter tels quels. Seulement...
—Seulement?
—C'est que je n'ose... Comprenez cependant ma crainte. S'il allait croire... on doit tellement mentir aux malades, et ils s'en doutent bien... s'il allait croire que, pour l'apaiser, c'est moi qui les invente?... Et vous prier de lui écrire ces paroles, non vraiment, je ne saurais...»
Que se passait-il depuis un moment en Élisabeth? Quelque chose rayonnait autour d'elle, qui la transfigurait.
«Je ferai mieux, répliqua-t-elle: moi-même je les lui porterai.»