Ce printemps-là, sa mère avait fait précéder le voyage à Paris d'un mois à Nice pour le carnaval. Dînant chez les Rogerin peu de jours après son arrivée, elle leur en narrait les élégances, encore que cela ne les intéressât guère. Mais la laisser parler ne coûtait aucun effort, tant elle se chargeait bien de faire elle-même la réponse avec la demande. C'était une pluie qui tombait, une grêle plutôt, étant fort bruyante, sous laquelle il n'y avait qu'à courber le dos avec résignation. Sa fille en revanche—renonçant à la lutte sans doute—gardait habituellement le silence, et tout portait à croire qu'elle n'en pensait pas davantage.
«Oh! et figure-toi, Élisabeth, s'interrompit tout d'un coup Hélène, qui j'ai rencontré là-bas? Ton «ex» en personne, ma chère.»
Cette expression d'un goût médiocre étant en usage dans son milieu, où n'étaient pas rares les femmes divorcées, elle l'employait sans songer que cela risquait de déplaire à la délicatesse de sa cousine. Et cette fois, par aggravation, c'était en présence d'André, qui fronça légèrement le sourcil. S'en étant aperçue elle appuya lourdement sur son impair.
«Oh! pardon... cela ne vous est pas agréable qu'on parle de lui. Je comprends cela. Quoique à présent il n'y ait plus lieu de prendre la mouche. Si vous vous doutiez de l'état dans lequel je l'ai trouvé!... Depuis près d'un an il est très malade de la moelle épinière... Le savais-tu?
—Eh! comment Élisabeth l'aurait-elle su? fit André avec impatience.
—Voici quelques mois il était même condamné. Puis tout d'un coup s'est manifesté un mieux vraiment miraculeux. Est-ce le Midi qui l'a retapé ou quoi? Toujours est-il qu'il a repris du poil de la bête. La mauvaise herbe est la plus tenace. Tout de même il n'est pas destiné à faire de vieux os. Il te doit bien cela, Élisabeth... Car alors tu pourras régulariser ta situation.»
Très sec, de nouveau le mari répondit au lieu de la femme:
«Quelle irrégularité, ma chère cousine, voyez-vous donc dans notre situation?
—A mon point de vue, aucune. Évidemment c'est toujours mieux d'être mariés avec toutes les herbes de la Saint-Jean. Mais ce n'est pas moi qui trouve rien à reprendre dans un mariage civil, quand on ne peut pas faire autrement. Dernièrement il avait été question pour Antoinette d'un homme divorcé, à son profit... Cela n'aurait même pas été une cause d'hésitation, si sa fortune m'avait paru suffisante. Non: ce que j'en dis, c'est pour Élisabeth. Sans doute ne serait-elle pas fâchée de passer par l'église. Il est toujours temps, vous savez.
—Quel que puisse être mon sentiment à ce sujet, Hélène... et jamais je ne te l'ai fait connaître... en aucun cas je ne fonderais sur la mort de personne la réalisation du plus cher de mes désirs.