Consultant sa montre, le docteur Georges sursauta.

«Et mon rein flottant que j'oubliais... Adieu, mes enfants. Nous dînons ensemble dimanche, avenue de Messine? N'y manquez pas; c'est pour les adieux de Maurice qui s'en va prendre le commandement de son bataillon de chasseurs alpins à Embrun. Il ne se tient pas de joie. Belle garnison!...

—Mais beau service, Georges. Cela vaut bien une belle épidémie.

—Oui, oui, cousine, on te sait cocardière.

—Mon père était soldat.

—Il n'y a pas de mal à cela, tout au rebours. Maurice aime son métier, qui est de tuer, dirait notre chère Mme Biscaras... laquelle vient d'être bombardée vice-présidente de certaine ligue pour la paix, composée d'un demi-quarteron de bonnes toquées, et destinée assurément à avoir voix prépondérante dans le conseil des nations... Moi, j'aime le mien... qui, à ce que prétendent les méchants, n'est pas sans analogie...

—En temps de paix, remarqua André, le bistouri est même plus meurtrier que le sabre.

—Sans nul doute. Bref, comme dit papa, nous sommes tous de braves gens. A dimanche.

—Si je peux quitter Gabriel.

—Tu pourras. A moins de complications improbables, il sera sur pied demain. Aujourd'hui la potion, puis les cachets... le régime bien surveillé... je ne vois aucune nécessité à revenir. Cécile passera tantôt t'embrasser et prendre des nouvelles.»