Note 4: [(retour) ]
Marie Bashkirtseff faisait alors son premier voyage à Schlangenbad.
À la même.
Chère amie,
Les anciens ont tort. L'amour, c'est la femme qui aime. Si on pouvait être double, je voudrais l'être pour mettre ma seconde moi à genoux devant la première, seulement parce que celle-ci est prosternée devant l'amour.
Qu'est-ce que la femme qui vous aime tout simplement? Peut-on l'apprécier même si elle vous adore? Oui, les gens aux sentiments vulgaires. Mais si cette femme se dresse debout, et se prosterne ensuite devant vous, c'est alors seulement que vous comprenez toute sa grandeur, la grandeur de son amour. Et ce n'est qu'en s'humiliant ainsi qu'elle est grande, parce qu'elle vous élève et vous rend digne. Quel est l'homme qui ne se sentirait pas Dieu devant cette adoration, par conséquent ne pourrait vous comprendre et devenir votre égal!
Au revoir.
À la même.
Chère amie,
Êtes-vous encore à Allevard et comment va votre santé? Où pensez-vous que je sois aujourd'hui, à Schlangenbad, à l'hôtel Planz? Eh! bien, pas du tout. Je suis à Paris, au Grand-Hôtel et, si vous étiez plus avisée, vous auriez pu le voir sur l'enveloppe.
Je suis une méchante fille, je quitte ma mère en lui disant que je suis enchantée de partir avec mon oncle. Ça lui fait de la peine, et on ne sait pas combien je l'aime et on me juge d'après les apparences. Oh! en apparence, je ne suis pas très tendre. L'idée de revoir ma tante m'occupe. Pauvre tante, qui s'ennuie tant sans moi! Pauvre maman, que j'abandonne! Mon Dieu, que faire? Je ne puis pas me couper en deux!...