Les jours se suivent, le temps passe, la vie s'en va.
Ce n'est pas un talent honorable qui me récompenserait de tous les ennuis; il faudrait un éclat, un triomphe, qui s'appellerait: Revanche.
La vérité, c'est que j'ai toujours éprouvé et que j'éprouve de plus en plus l'impérieux besoin d'écrire, j'invente des histoires, je vois des faits réels et imaginaires. Dumas dit que la qualité maîtresse de la femme, c'est l'intuition. Eh bien par intuition je comprends, je vois, je sais des choses extraordinaires, mais lorsqu'il s'agit de me retrouver au milieu de mon dossier... car il y un gros cahier plein de notes...
En écrivant, mes yeux tombent sur les doigts de ma main gauche qui retiennent la feuille, ces doigts vivants et nerveux font penser à la peinture de Jules Bastien-Lepage, les mains qu'il peint sont vivantes, la peau les enveloppe et on sent les muscles qui vont remuer.
Vous savez que je vais tous les jours à Sèvres. Mon tableau m'empoigne. L'air est embaumé, et la fille qui rêve aux pieds du pommier en fleurs «alanguie et grisée», comme dit André Theuriet. Si je rendais bien l'effet de sève de printemps, de soleil, ce serait beau.
Au revoir, à bientôt.
À son frère.
Vendredi 30 mai 1884.
Paris, rue Ampère, 30.
Cher Paul,