N'est-ce pas une manœuvre pour discréditer X... en l'inféodant malgré lui au parti Z...

Triste, triste.

Le journal après lequel vous soupirez serait une feuille d'amateurs alors? Précisément! Des amateurs d'indépendance. Un journal qui pourrait défendre les capacités de M. Jules Simon, du prince Napoléon, ou le talent de Gambetta ou l'esprit de Rochefort et constater l'impuissance de M. Clémenceau. Un journal qui ne flatte aucune passion en un mot. Mais cela n'est pas possible, dit-on, car si vous trouvez des amateurs pour écrire vous n'en trouverez pas pour lire, et dès notre plus tendre enfance les mots lire et écrire tendrement unis sonnent à nos oreilles comme deux inséparables.

Ah! bah! Il n'y a donc pas en France une poignée de gens dégoûtés comme nous du parti pris et qui se disent comme nous qu'il n'y a qu'une France, qu'un parti et que tout homme utile doit être employé, tout talent défendu et toute diffusion attaquée. Comment! Il ne se trouverait pas une poignée d'hommes méprisant les accusations bêtes qu'on pourra leur jeter au visage et se disant simplement, honnêtement, amoureux de la grandeur de leur pays, et prêts à soutenir les hommes de talent dans quelque tiroir qu'ils soient classés par les amateurs d'étiquettes, prêts également à blâmer ce qui leur semble mauvais quelle qu'en soit la provenance sacrée.

Un journal idéal où l'on pourrait dire par exemple qu'on aime la République et admire Gambetta, mais qui s'étonnerait qu'un homme aussi éminent laisse faire des inepties comme la dispersion des jésuites. Les jésuites et autres religieux sont dangereux, eh bien! débarrassez-vous-en. À vous de trouver le bon moyen, vous êtes le gouvernement, vous êtes nos intelligences. M. Gambetta laisse faire des bêtises pour prouver peut-être qu'il n'est pas tout-puissant? Et où est le mal de l'être par la persuasion, comme l'a dit M. Ranc?

Un journal où l'on pourrait s'étonner de l'injustice avec laquelle on juge les qualités éminentes du prince Napoléon sans être soupçonné d'être à la solde de Plon-plon, où l'on pourrait mépriser le parti bonapartiste et regretter que le susdit citoyen soit entouré d'hommes qui le débinent et qui croient le servir. La seule bonne politique est celle qui réussit, disent-ils. Réussir à quoi?

Mettez le citoyen Jérôme aux affaires ou débarrassez-le par miracle du nom compromettant et compromis qu'il porte, sans cela comment saurez-vous qu'il réussit. Quel que soit devenu le parti bonapartiste, un peu avant la mort du petit prince il avait des élections, maintenant il n'a plus rien.

Allez expliquer aux électeurs les intentions du prince, celles du moins qu'il affiche et il aura des élections, mais pas comme vous voulez. Ou il ment, ou il est largement libéral et grandement intelligent. Il ne doit pas croire à ses droits. S'il y croit, nous retirons tout ce que nous avons dit.

Expliquer aux électeurs le prince Napoléon! Mais nous nous en garderions bien! il faut continuer Napoléon III. Oh! alors!! Et l'attitude du prince pendant la nuit du coup d'État et sa politique est-elle assez en opposition avec celle de son cousin! Ingratitude. Oh! le joli mot et qu'il fait bien dans le paysage. Nous sommes loin, hélas! de la rigidité des anciens Romains et quel est le frère ou le cousin qui ne bénéficie pas un peu, un tout petit peu, de la situation de son proche? Il ne sera peut-être pas content d'être défendu par nous, le prince. Car nous jetons carrément à l'eau et ses droits et le parti bonapartiste; lui n'a pas de parti, ce parti qui dit: qu'il soit ce qu'il veut, pourvu qu'il arrive. Ah! les misérables!

Et le progrès, et le patriotisme et l'honnêteté? Il n'y a rien pour eux. Il y a un homme qui arrive et qui donne des places. Leurs convictions sont des préjugés de salon et l'espoir de retrouver des situations perdues. Les plus en vue, les plus forts vous déclarent sérieusement que leurs habitudes, leur éducation leur défendent de se trouver avec des gens qui ne se lavent pas les mains. Innocent cliché! Comme s'il n'était pas prouvé depuis longtemps que ce sont les cléricaux qui se lavent le moins, et dans les couvents les malheureuses enfants prennent un bain par mois et dans l'obscurité.