Il y a la feuille intransigeante qui est le comble de l'exagération, mais qui a pour elle l'esprit diabolique de M. de Rochefort.

Il y a des feuilles clérico-bonapartistes, il y a des feuilles de choux, il y a des feuilles de vigne. Mais un journal indépendant, où chacun apporterait son idée pourvu qu'elle soit bonne, son plaidoyer pourvu qu'il fût fait avec talent, il n'y en a pas!

Haïssez la folie des gens qui veulent à tout prix un maître, et dites qu'il faut une âme de valet pour aimer la monarchie.—Vous êtes républicain. Bon, sans doute, après?

Alors sous peine de déchéance vous êtes forcé de trouver mauvais tout ce que feront ou diront les autres.

Vous approuvez un acte du gouvernement? Vendu aux ministres!

Vous parlez en termes flatteurs de Gambetta? Opportunistes alors! attristants, mais qui ne comprennent seulement pas le mot!—L'opportuniste est un homme qui fait tout à propos. Que pouvez-vous me proposer de mieux? Mais vous haïssez c'est-à-dire enviez Gambetta et vous entendez par opportuniste un homme qui a toutes les mauvaises tendances que vous lui octroyez.

Trouvez juste, par hasard, une réclamation à la Ruggieri de M. Rochefort et l'on vous bombarde intransigeant radical. Voilà encore un mot excellent dénaturé comme opportunisme. Qui est-ce qui n'est pas radical parmi ceux qui veulent bien une chose.

Alors il n'y a pas moyen d'être un honnête citoyen qui s'exprime librement sur ce qu'il voit, et qui traduit ses impressions sans songer quelles lunettes il doit mettre pour envisager l'événement? Il paraît que non.

Supposez un écrivain qui a exprimé des sentiments républicains et qui se permet le lendemain de rendre justice à... au prince Napoléon, par exemple, de trouver qu'il a de l'esprit ou du talent. Et de suite on dira:

Par qui est-il payé?