Chère amie,
Je suis là sans cesse à nier mes sentiments pour ce jeune homme, parce qu'il n'a jamais fait aucune impression sur moi, parce qu'il ne m'a jamais plu et s'il ne m'avait jamais remarquée, je pourrais vivre cent ans à côté de lui et ignorer qu'il existe.
En fait d'impressions fortes, je n'en ai éprouvé de vraies que deux: dans l'enfance à treize ans, le duc de H...
Je le dis par souvenir, car je ne m'en souviens plus et suppose que dans cette passion il y avait beaucoup d'exaltation préparée d'avance, dont j'avais tout plein pour toutes choses et dont je ne savais que faire.
La seconde, ce fut le comte de L... mais pas aux courses; aux courses, il ne m'avait fait l'effet que d'un beau garçon.
Le lendemain au Toledo, avec X..., je me suis aperçue qu'il avait du genre. Et enfin la dernière fois à la gare, au moment de quitter Naples, j'ai reçu ce qu'on nomme vulgairement un coup de foudre.
Vous vous souvenez ce que j'ai dit ce soir-là. Je devins subitement folle de lui, comme il me regardait à travers ma fenêtre de wagon.
Je ne sais comment m'exprimer, ce sont là de ces impressions inexplicables, incompréhensibles.
Je l'ai revu depuis, mais tout simplement, sans aucune secousse, aucune émotion que le souvenir de ce choc électrique, étrange. En le revoyant, ce n'est pas lui qui me faisait quelque chose, mais je me souvenais de cet instant au coup de foudre et je le ressentais presque aussi fortement rien qu'en y songeant.
Et c'est encore la même chose à présent bien que je n'y pense presque jamais.