Impossible d’obtenir aucun renseignement.

Après ce passage, Targen déploie devant nous sa verdure, étale ses champs de millet et de sarrasin; des vaches, des chèvres bondissent sur les prairies; les canaux d’irrigation forment sur le sable autant de ruisseaux à l’ombre des eucalyptus encore jeunes. Joli et riant village au bord de ce fleuve impétueux, qui m’aurait dit que je dresserais ma tente au milieu d’une population douce et laborieuse? Il est de bonne heure quand nous arrivons, et nous avons fait à peine six milles, mais nous devons nous arrêter aux stations que nous rencontrons, de telle sorte que nos étapes sont plus ou moins longues suivant que les stations sont plus ou moins rapprochées. Le chemin tout nouveau par lequel nous passons, dû aux généreux efforts de Méta-Manghel, n’est ni assez bon ni assez large surtout pour nous y permettre du repos. Il faudra marcher sous le soleil ardent si les bras de Morphée nous ont retenus trop longtemps. Nous nous promettons bien résistance, mais qui peut jamais être certain de soi? Pour réparer nos forces, nous dormons deux heures dans la grande chaleur, et cela compense celle de la nuit. L’après-midi nous avons un violent orage, qui malheureusement finit bientôt par du vent.

Les maisons du village ressemblent à celles de Skardo et de Chigar. Elles sont en pierres et torchis avec couverture d’osier pour servir de maison d’été. Cependant ces misérables constructions ont un aspect plus propre que celles des Dardous.

Le 3 nous partons vite; il est cinq heures un quart quand nous sommes à cheval sur la route qui va de Targout à Gôl. Nous suivons toujours l’Indus, qui, par un caprice involontaire, s’enferme dans ces géants de granit. La route est quelquefois si belle qu’on se croirait dans une avenue. Des pierres en marquent de chaque côté la limite, quand le sable par trop envahisseur de ce grand fleuve ne permet pas d’y mettre des arbres.

Où est la route? Méta-Manghel en a fait une dans le flanc même de ce massif rocailleux. Il faut y aller à pied. Elle est effrayante avec ces étroites corniches, ces balcons dont nous apercevons les supports en bois au-dessus de nos têtes, tandis que le fleuve rugissant semble se ruer avec fureur contre sa prison. Nous admirons l’intelligence et la persévérance de cet homme, qui avec si peu de moyens a pu braver de telles difficultés. Une fois en sûreté sur le chemin, nous regardons descendre nos pauvres bêtes; elles sautent de roc en roc sur cet étroit escalier, cheminent sur ces balcons et parviennent au bout de ce périlleux passage, toutes joyeuses de sentir sous leurs pieds ce sable fin et doux qu’elles foulent de leurs sabots.

Jusqu’à Gôl, la rive droite de l’Indus est plus habitée que la rive gauche. Tandis que nous ne voyons autour de nous que des rochers monstrueux et des pierres écartées du chemin, autant qu’il était possible, nous admirons de l’autre côté de la rive, de distance en distance, des nichées de feuillages qui se cachent du soleil à l’ombre de ces puissantes montagnes. Le soleil viendra pourtant les y surprendre, mais plus tard; il faut qu’il coure encore deux heures, et alors, ô pauvres habitations, malgré votre cachette verdoyante, vous et les champs qui vous entourent serez pris par cet astre brûlant qui dévore ou vivifie tout ce qu’il peut saisir.

Ces villages microscopiques sont reliés les uns aux autres par un sentier qui suit tantôt le bord du fleuve, tantôt les flancs vertigineux de la montagne; il est si petit qu’il est à peine visible à nos yeux. Quelle habitude il faut à ces hardis montagnards pour parcourir d’un pas sûr ces fragiles chemins!

Il pleut et soudain la montagne, friable à certains endroits, fait écrouler la minuscule corniche sur laquelle ils passaient gaiement.

Pourtant le besoin de communications fait réparer cette fragile passe.

En comparaison de ce sentier, notre chemin est superbe.