Gôl nous apparaît au milieu de ce grisâtre montagnard, toute tapissée de blanches maisons. De vertes plantations se mêlent aux arbres séculaires que recèlent les flancs de ces montagnes.

De ce côté, les villages du bord de l’Indus sont un peu plus grands, mais moins rapprochés que sur l’autre rive; mais plus nous allons remonter, plus ils vont s’éloigner. Cependant partout où l’homme a pu trouver un endroit propice au milieu de ces enchaînements de montagnes, partout il s’y est fixé, tâchant de soumettre à sa volonté cette nature toujours rebelle. Ces villages sont comme les aires des aigles; leurs hauteurs semblent quelquefois inaccessibles.

Nos tentes sont placées sous de beaux arbres; nous sommes entourés de quantité d’arriques.

Au moment de signer le compte des coulis que le mounchi présente à mon mari, il se trouve que nous en avons trente-neuf. Trente-neuf coulis. Mais c’est impossible! On compte! on recompte, on n’en trouve que vingt-neuf. Enfin ils sont là, il faut les payer. Le payement une fois fait, M. de Ujfalvy demande à voir les paquets; notre cuisinier a cinq coulis pour lui tout seul.

Il faut examiner les bagages de ce dernier et tâcher de diminuer ce nombre. On avise une hotte remplie d’oignons et d’une telle lourdeur que je ne m’étais jamais imaginé que ce bulbifère fût si pesant. «Cette fois, dis-je à Mme de F..., je crains qu’il n’y en ait au delà de vos désirs.»

Nous faisons vider cette hotte d’oignons ainsi que toutes les autres qui formaient ce prodigieux supplément de provisions culinaires, et nous constatons, à notre grande stupéfaction, que ces légers légumes cachaient, sous un air innocent, des quantités d’abricots secs, que le cansamar ou cuisinier s’était fait adjuger pour lui seul.

Cette supercherie découverte, pour donner un exemple à toute notre suite, nous le renvoyons, enchantés d’être débarrassés de ce Cachemiri qui battait les coulis et terrorisait les autres domestiques. Cette correction immédiate fit une impression favorable sur nos autres serviteurs et sur les Cachemiriens en particulier, qui volent avec une rare impudence les malheureux étrangers.

Nous comptons avec soin nos coulis, que nous réduisons à vingt-neuf, et donnons ordre au mounchi de ne pas en prendre davantage.

Cette petite exécution nous a fait perdre notre heure de repos, et notre sieste habituelle a été empêchée.

Le 4 nous nous levons cependant à quatre heures, et nous continuons notre route. Mais, hélas! elle est encore plus mauvaise que la veille.