Dras est à 3033 mètres d’altitude; malgré cette élévation, le blé y mûrit en assez grande quantité. Le soleil est si chaud pendant le jour, qu’il doit réparer avec usure les fraîcheurs des nuits et des soirées. Le ciel est d’un bleu sans nuages et me rappelle celui du Turkestan.
Cette réunion de petits villages appelés Dras est un rendez-vous de tous les peuples, tels que les Ladakis, les Dardes et les Baltis; ces peuples s’y confondent, s’y croisent, ce qui fait que leur type n’est pas aussi bien défini que lorsqu’on les examine dans leurs propres pays. C’est sans doute ce qui a fait dire que les Baltis étaient des Mongols.
Pour qui va chez ces derniers, la différence saute aux yeux. Il est clair que M. Drew, grand géologue, a regardé bien plus attentivement les pierres et les montagnes que les peuples qui les habitaient.
Les peuplades des environs de Dras sont si mélangées par cette cohabitation, que nous y avons vu des Ladakis à nez crochu, des Baltis à face épatée et des Dardous à pommettes saillantes.
Dras possède deux places pour le polo, une tout près de la station et l’autre plus éloignée.
C’est à la première que nous nous rendîmes le lendemain, après que mon mari eut mensuré d’autres Ladakis. Mais cette population si mélangée n’a que peu d’intérêt pour lui.
Au moment où, montés sur nos coursiers, nous nous mettons en marche pour nous rendre au polo, la musique, pour nous faire honneur, se met à éclater. Aux sons si bizarres de ces instruments, nos chevaux prirent une telle peur qu’ils partirent au galop, emportés au milieu de cette large vallée par une course folle à laquelle les indigènes se mêlèrent pour les arrêter. Mais ils n’y purent parvenir; nos bêtes lancées, après une bonne nuit de repos, aspiraient, les naseaux au vent, le bonheur de se croire libres. Enfin, à force de leur parler, de les retenir, et lassées peut-être elles-mêmes de cette course échevelée, elles se calmèrent et, toutes frémissantes encore, entrèrent dans l’enceinte du polo.
Nous prîmes place sur une petite élévation de terrain dominant l’emplacement, qui est magnifique et pourrait contenir un grand nombre de cavaliers.
Les Dardous sont beaucoup moins habiles à ce jeu que les Baltis; la façon dont ils lancent la boule est moins élégante: celle-ci est du reste plus petite et le bâton est aussi d’une forme différente.
Les chevaux dardous sont moins bien dressés à ce jeu que ceux de Skardo, et presque toujours ils dépassent l’enceinte. Ils n’étaient qu’une quinzaine de cavaliers dans ce grand espace; aussi l’animation était moins grande et le coup d’œil s’en ressentait. Leurs chevaux, étant plus élevés, sont aussi plus disgracieux: un cheval efflanqué qui caracole, tourne et retourne, s’arrête, s’élance, n’a rien de gracieux pour l’œil, et c’est l’effet que nous produisit un grand Dardou monté sur un pareil coursier, aussi maigre que sa bête et qui faisait revivre en nous le souvenir de don Quichotte.