A Dras il y a un grand nombre de tatous, ou chevaux de montagne, et mon mari fit l’acquisition d’une de ces bonnes bêtes, assez forte pour pouvoir le porter; pour soixante roupies le marché fut conclu. Son pauvre cheval, qui s’était déferré sur ces horribles routes, avait le pied tellement gonflé qu’il fallait le laisser à Dras au soin du saïs, avec ordre de venir nous rejoindre lorsque la bête pourrait marcher. Nous pouvons avoir confiance en cet homme: un bon saïs n’abandonne jamais son cheval, et il fait quelquefois de deux à trois cents milles tout seul avec lui et le ramène toujours en bon état à son propriétaire, quelle que soit la distance. Si, par hasard, il arrive un accident, il se fait donner un certificat par les autorités de l’endroit où cet accident est survenu. Mais c’est un fait qui est excessivement rare.
Dras possède un misérable bungalow que le maharadjah a fait construire pour les étrangers. C’est un simple meza nino composé de plusieurs pièces qui sont assez propres et en assez bon état; il est situé près du bagh ou jardin.
Le caravansérail pour les indigènes est un bâtiment carré composé de chambres ouvrant sur une véranda, donnant elle-même sur une cour. Des hangars sont destinés à protéger les chevaux. Près des écuries il y avait un immense chaudron d’une forme tout à fait étrange. Cet ustensile sert-il aux hommes ou aux animaux?
Il y a à Dras un radjah, qui est le vassal du maharadjah du Cachemire; on y trouve aussi un maître de poste.
La poste de Dras à Skardo est très bien organisée, et, quoiqu’il y ait près de dix stations jusqu’à la capitale du Baltistan, les hommes, se relayant nuit et jour, ne mettent que deux fois vingt-quatre heures à les franchir.
Le 15 au matin nous quittons cette cité, arrosée par la rivière qui lui donne son nom et qui coule avec une grande rapidité; nous admirons, en passant, la forteresse placée sur les bords et très belle avec les quatre tours dont elle est flanquée.
Le chemin que nous parcourons est relativement assez plat; la montée est très douce, puisque Dras est déjà à une assez haute altitude.
La station de Matayan n’est pas un village, mais une étape, où nous ne nous arrêtons pas; c’est à deux milles plus loin que nous campons. Déjà les montagnes se couvrent d’arbustes et prennent un aspect tout à fait alpestre; de beaux pâturages nourrissent des chèvres, des bœufs et cette espèce de yack mélangé qu’on appelle sou. Les chevaux sont plus grands que les tatous des montagnes du haut Indus et ne pourraient pas passer sur les étroites corniches, sur les frêles balcons de la nouvelle route de Méta-Manghel.
C’est par troupes que nous les rencontrons paissant sur ces hauts vallons. La nuit est glaciale; à six heures, sous la tente, nous n’avons que trois degrés; aussi nous prenons notre chocolat à la hâte et nous montons à cheval tout transis; nos gens grelottent.
La route est superbe et les ruisseaux gardent des traces de la gelée de la nuit; nos chevaux hennissent et enflent leurs naseaux; nous commençons à gravir la passe la plus douce que nous ayons encore rencontrée et par laquelle nous entrerons dans la vallée du Sind.