Les cours d’eau que nous traversons proviennent tous de la fonte des neiges, dont les pics sont couverts; l’eau est glaciale, et nos guides nous préviennent de n’y pas laisser boire nos bêtes. Le chemin est rempli de moraines, sur quelques-unes desquelles nous marchons; à notre gauche nous pouvons admirer une superbe montagne couverte de neiges éternelles.

Sur une longueur de cent mètres environ, la rivière disparaît sous un pont de neige pour reparaître et disparaître encore sous une nouvelle couche neigeuse. Une rivière s’échappe avec impétuosité d’un de ces énormes glaciers; de sa violence même résulte une magnifique cascade que nous contemplons quelques instants au milieu d’une nature triste et mélancolique; plus loin un petit lac qui est formé par de la neige fondue se décharge dans une rivière dont le changement de direction nous avertit que nous sommes sur le col. Il court dans la direction du Cachemire. Nous franchissons encore une moraine; puis une dure montée, et nous sommes sur le point le plus élevé du col du Zodjila (3390 mètres).

Devant nous, presque à notre hauteur, d’épais tapis de neige s’offrent à nos yeux; les pointes des cimes qui percent ces tapis contrastent seules avec cette blancheur.

Ce sont les pics de la fameuse montagne le Govashbaari (5351 mètres). Un peu plus bas, les pentes se garnissent d’arbres touffus, et le conifère svelte et droit les domine de toute son élégance. A notre gauche des rochers immenses plongent à pic leur pied monstrueux dans le Sind, les flancs couverts d’arbres d’un beau vert. Ils semblent être les ruines d’un vaste château des temps mythologiques, construit pour ces titans qui combattaient les dieux. Devant nous les bouleaux à la blanche écorce nous rappellent nos pays occidentaux, et en bas, bien bas, la rivière du Sind arrose de ses méandres la riante et riche vallée que nous apercevons à nos pieds et par laquelle nous allons voyager. Nous admirons ce magnifique tableau, qui embrasse un tel horizon de montagnes, que la plume ne saurait le décrire. Nos yeux, accoutumés à tant de beaux paysages, n’ont encore rien contemplé qui réunisse des choses si diverses et cependant si bien harmonisées entre elles.

Col du Zodjila.

La descente même est en rapport avec l’endroit; c’est une corniche qui plonge au-dessus d’un vaste et profond ravin; elle est très mauvaise, très raide et tombe presque à pic dans cette splendide vallée, la plus belle, dit-on, du Cachemire.

Depuis le mois d’octobre jusqu’au mois de juin, cette dangereuse descente est couverte de neige.

Cependant l’impression magique ne continue pas jusqu’à Baltal; le paysage est joli, mais n’a rien d’extraordinaire; décidément, la sauvage vallée de Tchamba, étroite et sombre, me plaît mieux. La route est un peu monotone; elle se fraye un passage parmi des terrains qu’on pourrait rendre riches et qui n’offrent au regard que des prairies jaunies par le soleil et quelques champs cultivés de blé noir. Le chemin est ce que la nature et les nombreux passagers l’ont fait; les ponts emportés par l’impétuosité de la rivière ne sont pas réparés, et celui qui reste présente à l’une de ses extrémités d’énormes trous béants.

Le gouverneur du Cachemire devrait bien, pour tracer des routes, prendre conseil de Méta-Manghel.