A la date de ce mois, le bateau qui devait nous emmener vers l’Europe allait nous arracher aux douceurs de la contemplation; nous allions quitter notre sympathique hôte. De cette amitié naissante la souvenance seule nous resterait, car un immense horizon allait bientôt nous séparer, et les lettres seules, ces souvenirs voyageurs, nous apporteraient des nouvelles.

Aussi, le 9 venu, nous nous serrâmes la main avec effusion; le consul nous accompagna sur le bateau; le temps était toujours splendide; la mer était belle.

Nous ne pûmes nous dire aucune parole, car il est des sentiments qui ne peuvent se traduire, et rien ne lie comme les pays lointains. C’est un parfum de la patrie que celui-ci apporte, c’est une remembrance de notre vie que l’autre garde.

Enfin le navire leva l’ancre, le port de Bombay disparut à nos yeux, et les montagnes elles-mêmes se voilèrent dans la nuit.

C’en était fait; tout ce que nous avions vu, admiré et senti n’était plus qu’un souvenir.

Souvenir délicieux que nous allions savourer à l’ombre de notre patrie.

Ah! chère lectrice, si vous voulez jouir d’un pareil bonheur, d’une sensation délicate et indéfinie, faites comme moi: allez vers des pays lointains, et le charme que vous en rapporterez sera la plus grande récompense des fatigues et des émotions passées.

FIN

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