Au matin, pour comble de bonheur, ce village, situé au milieu de rizières, est empesté par une odeur nauséabonde; c’est l’eau qui manque dans celles-ci et qui ne reviendra que dans quelques heures. Chose vraiment extraordinaire, quelle que soit la quantité d’eau dont on inonde les rizières, la tige verte des plantes émerge toujours. S’il survient des pluies ou des crues inattendues, le riz peut pousser, dans un seul jour, de quelques centimètres, disent les habitants, en sorte qu’il n’est jamais submergé.

Le 5 juillet, nous approchons de Tchamba. Il nous faut, pour y arriver, franchir un col de 1650 mètres, et, sans une descente fantastique après laquelle nous sommes obligés de laisser reposer nos bêtes, le chemin nous paraît relativement très bon. Nous passons un beau pont jeté sur la rapide rivière la Râvi, l’un des principaux affluents de l’Indus. Puis nous traversons une belle place pour arriver au bungalow: c’est le Champ de Mars ou le champ de course de Longchamp de Tchamba.

Pont de Tchamba.

Le précepteur du radjah, jeune et très aimable Anglais, vient nous saluer; il est en même temps le général des troupes du prince; les deux cents soldats et les quatre hommes de cavalerie de son souverain peuvent manœuvrer à l’aise sur cette belle place.

Le 6 seulement M. Marshall devait arriver de Dalhousie, sanatorium anglais, situé sur une montagne élevée où l’hiver lui procure six pieds de neige. Tchamba au contraire, placée au fond d’une ravissante vallée et tout entourée de hautes montagnes, est préservée du froid et comme emmitouflée dans des régions neigeuses.

Le tombeau d’un saint musulman se cache parmi les arbres sur le flanc d’une haute montagne; les maisons sont comme blotties sous la verdure.

Aussitôt M. Marshall arrivé, nous quittons le bungalow pour nous installer chez lui. Après le déjeuner, le radjah Sham Singh vient nous voir. Il entre au salon comme Louis XIV au Parlement, sa cravache à la main. Il est vêtu d’une blouse de satin bleu clair, d’un pantalon de coton blanc. Une cravate parisienne en soie demi-teinte et brodée aux deux bouts orne son cou, ainsi qu’un magnifique collier de perles fines. Il a seize ans, mais il est petit pour son âge; son précepteur dit qu’il ne s’intéresse pas à grand’chose, ce qui se voit sans peine à l’air d’ennui répandu sur toute sa figure. Son jeune frère, âgé de onze ans, qui arrive peu de temps après, a l’air beaucoup plus intelligent, mais aussi plus cruel. J’offre au souverain un joli revolver qui ne m’avait jamais quittée, il en paraît fort satisfait; et quelques heures après nous allons visiter son palais.

Tchamba.