Chien de Ghilghit.

La chienne était moins belle que le chien; elle devait être un peu mâtinée, mais cela valait mieux que rien.

On ne saurait croire comme il est difficile, chez ces peuples asiatiques, de se procurer des femelles; ils les gardent avec un soin extrême pour la reproduction. A ce sujet on m’a assuré que jamais un Arabe ne vend une jument de pure race. Jamais, quel que soit le prix que vous leur en offrez, ils ne se rendent à votre désir, jaloux qu’ils sont de conserver leur belle race de chevaux.

Il en est de même des tazis ou lévriers, les seuls chiens estimés par les Musulmans ou les Hindous.

Les Hindous sont moins dégoûtés des chiens que les croyants, mais ils ne les soignent pas beaucoup non plus et ne s’occupent jamais de leur nourriture; aussi ces pauvres animaux sont-ils obligés de la chercher eux-mêmes sur la voirie; ils attendent avec impatience le moment où ils peuvent le faire.

La chienne fut trois jours avant de s’habituer à nous, mais, voyant enfin qu’elle était bien nourrie et qu’elle n’était plus battue, surtout par les coulis, elle se résigna à son sort; cependant elle devint méchante envers ses anciens ennemis; se sentant protégée, elle leur courait dessus, et, d’aussi loin qu’elle en flairait un, elle entrait en fureur. Nous étions vraiment bien gardés. Pauvre petite bête! je l’avais appelée Skardo, et, à peine arrivée à Paris et remise au Jardin d’Acclimatation avec son compagnon, le beau Ghilghit, elle y mourut d’un étranglement des intestins.

On nous avait dit que la pluie était fort rare à Skardo; nous en eûmes pourtant tous les jours, mais elle ne durait pas longtemps.

En général, les orages sont assez violents dans cette ville; le vent s’élève régulièrement tous les jours à partir de cinq heures jusqu’à minuit. Il y a au milieu des montagnes qui enclavent Skardo une ouverture d’où s’échappe le vent du sud; le soir, quand le vent chaud a monté, le vent glacial du Déosaï se fraye un passage à son tour et produit un courant d’air violent. Cette variation atmosphérique est un bienfait pour la ville. Ces vents rafraîchissent l’air embrasé et refroidissent les parois brûlantes des montagnes, qui produisent l’effet d’un four.

Le 26 nous assistons à un jeu de polo.