— Voilà un garçon diantrement sensé, il fera son chemin dans le monde, c’est moi qui le lui prédis, dit une grosse voix joviale.

— Tiens ! c’est toi, Simon ! et qu’est-ce qui te savait ici ? Je te croyais encore en Angleterre pour huit jours au moins, s’écria le capitaine Jaouen en donnant une cordiale poignée de main au nouveau venu, un grand, gros homme avec d’énormes favoris roux, et une figure couleur de bronze foncé.

— Nous avons chargé bien plus vite que je ne pensais, la mer était belle, la Vendée est venue de Cardiff en deux jours ; nous partons demain ou après-demain au plus tard pour Saïgon. Veux-tu venir avec moi, mousse ? Ça te fera voir du pays.

Yves consulta son patron du regard…

— Vas-y, mon garçon, — vas-y gaîment, dit le bon Jaouen. Mon camarade Simon est la perle des braves gens ; — pas commode tous les jours, non !

— Faut bien que le bateau marche, grommela le dit Simon.

— … Et puis pas liardeur, on est bien nourri sur son bateau, bien traité, — bien taloché aussi, mais pas méchamment, c’est rien que de la vivacité. Je ne peux pas te garder avec moi ; mon ancien mousse était un bon enfant, et mon propre cousin par-dessus le marché. Ce ne serait pas juste de lui faire perdre sa place parce qu’il a attrapé une entorse à mon service. Tu n’as plus ni père, ni mère ; tu es ton maître. Va courir un peu le monde, tu es du bois dont on fait les gens qui réussissent. — Tu peux le prendre sans crainte d’avoir à t’en repentir, Simon. C’est un petit gars courageux, travailleur, honnête et rangé ; ça n’est ni menteur, ni répondeur, et ça ne plaint pas sa peine. Je lui souhaite bonne chance de tout mon cœur.

— C’est bien, dit le capitaine Simon, affaire conclue ! Hein, mousse ? Comment t’appelles-tu ?

— Yves Kerhélo.

— Eh bien ! Yves Kerhélo, lundi matin tu seras inscrit au rôle d’équipage de la Vendée, capitaine Simon, en partance pour Saïgon avec chargement de houille de Cardiff. Donne-moi tes nom, prénoms, date de naissance, domicile etc., sur un bout de papier pour que je fasse régulariser toutes les paperasses. Tu sais lire et écrire ?