[27] Eau-de-vie de riz.
— Tu nous as donné un fameux souper, mon gars, dit Pierre, en tapotant doucement, pour la vider, sa grosse pipe en bruyère, dont le fourneau à demi carbonisé attestait les longs services ; tu ferais ta fortune si tu voulais t’établir restaurateur.
— Tiens ! pourquoi pas ? dit Joseph, c’est une idée, ça ! je te promets ma pratique et celle de bien d’autres. Le patron va partir, on ne sait pas qui le remplacera, tu es trop grand aussi pour faire ce métier de commissionnaire avec un autre que M. Gerbier ; tu as amassé un petit magot, si j’étais toi, je me mettrais à faire une popote et à vendre des portions aux ouvriers, aux soldats et aux marins.
— Seulement, dit Pierre, il ne faudrait pas rester dans ce coin-là, c’est trop retiré.
— Et puis, je ne pourrais pas à cause des bureaux, dit Yves, qui était devenu tout rêveur.
— Écoute, dit Joseph, ma paillotte est bien trop grande pour moi qui suis seul, elle est à mi-chemin entre le port et le chantier ; viens t’établir là, je ne te tracasserai pas, je suis bon garçon, et d’ailleurs, tu sais bien que je suis retenu ici depuis le matin jusqu’au soir ; pourvu que j’aie une place pour mon lit et mon coffre, ça me suffit, tu ne paieras pas de loyer, tu me nourriras avec tes restes, ça te va-t-il ?
— J’y penserai, dit Yves…
XIV
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A la Renommée du poulet frit.
Yves Kerhélo