— Qui êtes-vous ? dit-il à Yves.

— Un Français, Yves Kerhélo, négociant à Haï-phong.

— Yves Kerhélo ! cria le marin d’une voix de tonnerre, est-il possible ? Je suis Alain Le Pennec, ne me reconnais-tu pas ?

— Alain !… s’écria Yves, et, vaincu par la fatigue, l’émotion, les angoisses, il se laissa aller en sanglotant dans les bras de son ami.

Alain Le Pennec.

Le délier, le porter à bord du canot, — car il ne pouvait se tenir debout, — ce fut l’affaire d’un instant. Aussitôt à bord de la Rafale, la canonnière dont l’intervention venait de le délivrer, il fut couché sur un matelas étendu au ras du pont, et soigné avec la plus active sollicitude.

Il en avait grand besoin, et une sorte de torpeur morale et physique succéda tout d’abord à l’état d’excitation violente où il avait vécu depuis quelques jours ; mais, sa bonne constitution aidant, il se remit plus promptement qu’on n’aurait osé l’espérer après tant et de si rudes secousses, et une semaine plus tard, arriva à Haï-phong assez bien rétabli. Sa femme, heureusement, n’avait rien appris, les pirates, qu’il avait chargés de son premier message, n’ayant pu remplir leur mission.

Sa caisse et ses papiers restés dans le sampan lui avaient été rendus et le pauvre Chinois, recueilli aussi par la canonnière, avait même pu rentrer en possession de certain coffre bien rempli de barres d’argent, dont la réapparition allégea grandement ses chagrins.

Avec quelle joie Yves fit les honneurs de son logis à son cher Alain, cela se devine sans peine, et quelles longues causeries les deux amis échangeaient entre eux, cela se devine aussi ; ils avaient tant de choses à se dire ! Alain ne se lassait pas d’entendre les récits de son vieux camarade, d’admirer ses enfants, sa maison, sa prospérité, et surtout la haute estime dont M. Kerhélo était entouré à Haï-phong.