[Genèse / Les débuts / Pourquoi par courriel? / Pourquoi ces questions? / Pourquoi les mêmes questions aux uns et aux autres? / Pourquoi sur plusieurs années? / Pourquoi en plusieurs langues? / Tentatives auprès des "canaux dirigistes" / Publication sur le Net des études françaises / Bilan sur les questions posées, et leurs réponses / Quelques chiffres / Le Livre 010101 / Les Entretiens sont eux-mêmes un réseau / La suite des Entretiens / Publications issues des Entretiens]
Profession: traductrice-éditrice pour gagner ma vie, chercheuse, écrivain et journaliste le reste du temps. Comme tant d’autres, je suis une adepte de l’internet. Je m’intéresse aux bouleversements apportés dans le monde du livre par le réseau et les technologies numériques. Entre 1998 et 2001, je conduis des entretiens par courriel avec une centaine de professionnels du livre et de la presse, et apparentés, souvent à plusieurs reprises (une fois par an environ) avec les mêmes correspondants. En 2001, je rassemble le tout dans un livre d’enquête. En 2002, j’en fais une synthèse. Récit. [14 septembre 2002]
= Genèse
Mon premier contact avec le web date d’avril 1996. Je commence à m’y intéresser de près en décembre 1997. A l’époque le réseau est en pleine expansion. On assiste aux prémices de ce qu’il va rapidement devenir, soit, entre autres, une formidable encyclopédie, une gigantesque bibliothèque, une immense librairie, un organe de presse des plus complets, et plus important encore, un nouveau moyen de faire circuler l’information et le savoir. De plus, au cours de l’année 1998, d’embryonnaire avec quelques dizaines de sites québécois, le web francophone devient progressivement l’oeuvre de toute la communauté francophone. On devine aussi les débuts de fortes secousses numériques dans l’industrie du livre imprimé. Le tout forme un sujet passionnant, insaisissable, avec de mois en mois des éléments nouveaux dans un domaine jusque-là relativement statique. Ce sujet m’intéresse. Je décide de lui consacrer du temps.
= Les débuts
Entre décembre 1997 et juin 1998, je me promène sur la toile à la recherche de sites et de ceux qui les font. Recherche de lien en lien, école buissonnière, utilisation des moteurs de recherche existants, surtout AltaVista pour le web international et Yahoo! pour le web francophone. A l'époque il est encore possible - mais plus pour longtemps - de faire le tour de la toile sur un sujet donné sans trop se perdre dans ses multiples méandres. Sous-entendu: la quantité de pages web est encore lisible par un seul individu. En bref, je me fais ma propre culture du réseau (une expression un peu pompeuse peut-être…) avant de contacter les gens.
En juin 1998, en utilisant les adresses électroniques trouvées sur les pages d’accueil, je contacte par courriel une cinquantaine de professionnels du livre et de la presse particulièrement actifs sur le réseau, l’expression "professionnels du livre et de la presse" étant à prendre au sens large puisqu’elle englobe écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires, documentalistes, professeurs, traducteurs, linguistes, spécialistes du numérique, etc. Presque tout le monde répond à la parfaite inconnue que je suis, alors que je n'enquête ni pour Le Monde ni pour Libé. Le web des débuts, coopératif, participatif et solidaire, me diront les nostalgiques, et ils ont raison. C’est comme cela que les Entretiens ont débuté.
= Pourquoi par courriel?
Tout d’abord parce que le courriel abolit le temps, les distances et les frontières. Reste le problème de la langue, on y reviendra plus loin. Ensuite parce que répondre par écrit est censé être relativement facile pour les professionnels du livre et de la presse, dont le métier est justement l’écrit. Et enfin parce que cela permet au correspondant d’avoir tout à la fois le temps de réfléchir, de répondre quand il veut, de se relire, de reprendre ses réponses dans les jours qui suivent, et d’en garder une trace.
D’emblée, la "règle du jeu" est que les participants répondent à leur guise à tout ou partie des questions, dans leur délai qui leur convient, qui va du jour suivant à plusieurs mois après. Je suis souvent séduite par leur disponibilité malgré une activité professionnelle prenante. Je suis souvent séduite aussi par la qualité de leurs réponses. Réponses courtes ou longues, envoyées toutes ensemble ou en plusieurs fois, sans discussion ou avec. Pour certains, il s’agit d’une simple réponse à un questionnaire, pour d’autres il s’agit d’un échange sur plusieurs courriels, d’où le terme "entretiens". Beaucoup me disent que ces questions leur donnent l’occasion de réfléchir sur des thèmes essentiels, par exemple la place que conserve l’imprimé dans leur vie, les avantages qu'ils voient au numérique, ou encore ce qu’ils entendent par société de l’information.