Point important, les professionnels sollicités ont des profils variés. Il se trouve que, sur les 97 participants, les différents corps de métiers sont à peu près correctement représentés: 14 écrivains, 7 journalistes, 10 éditeurs, 12 bibliothécaires-documentalistes, 12 professeurs, etc. Point tout aussi important, les participants ne sont en aucune façon choisis en fonction de leur notoriété. Ils sont choisis en fonction de leur expérience du numérique et de l’intérêt de celle-ci. Si certains ont de gros moyens financiers et bénéficient de l’appui des médias, d’autres se débrouillent avec conviction et sans moyens dans un anonymat relatif ou total, et il est grand temps de leur donner aussi la parole.

Entre 1998 et 2002, au fil de mes voyages, ou dans le but précis de faire leur connaissance, je rencontre plusieurs correspondants, à Paris, en Normandie, à Genève, à Montréal, à San Francisco ou ailleurs. A la date d'aujourd'hui, j’ai rencontré 32 correspondants sur les 97 interviewés, et j'ai l'intention d'en rencontrer encore quelques autres. Mais, même dans les rares cas où il m'est arrivé de rencontrer un correspondant en personne avant de lui proposer un entretien, l’entretien véritablement dit a toujours eu lieu par courriel. J'ai refusé les propositions d’entretiens verbaux, non pas pour m'éviter la fatigue de les retranscrire, mais pour les raisons évoquées plus haut.

= Pourquoi ces questions?

Je voulais absolument éviter tout ce dont j’ai moi-même en horreur, c’est-à-dire les questionnaires à trous, les réponses par oui ou par non, les réponses dans les huit jours, les réponses où on vous demande d'emblée de faire court même si, pour une fois, vous avez des choses à dire, les réponses à but uniquement statistique où on vous considère non pas comme une personne mais comme un numéro, etc.

Je voulais offrir à chacun une certaine liberté. Liberté de choix: chacun répond uniquement aux questions jugées intéressantes. Liberté de temps: pas de délai. Quand les gens prennent le temps de vous répondre sur des sujets relativement difficiles, la moindre de choses est de ne pas "leur mettre la pression". Liberté de parole: les réponses sont toutes publiées dans leur intégralité, et les correspondants qui le souhaitent peuvent les modifier dans les jours suivant publication. Liberté d’exploitation (quel horrible mot…): chacun peut bien sûr réutiliser son texte à sa guise.

En 1998, les questions concernent l’activité de chacun: aussi bien l'activité professionnelle que l'activité liée à l’internet, qui sont parfois différentes. Si possible aussi un descriptif du site web ainsi qu'un historique, tout comme une description rapide de l’organisme émetteur s’il y a lieu. Eventuellement une courte biographie de l’auteur, pour expliquer comment il en est venu à l’internet. Et enfin la vision que chacun a de l’avenir, soit pour son activité, soit pour l'activité de l'organisme dont il relève, soit pour l’internet lié au livre, soit pour l’internet en général.

Un an après, j’envoie de nouvelles questions aux personnes interviewées en 1998. Nous sommes dans un domaine qui évolue très vite, et il se passe tellement de choses d’une année sur l’autre qu’il m’apparaît plus important de contacter les mêmes personnes que de multiplier à l’infini le nombre des participants (je limite ce nombre à cent). Dans les 47 personnes interviewées en 1998, 14 s’en tiennent à un seul entretien et 33 poursuivent les années suivantes, une ou plusieurs fois de suite. Parallèlement, je contacte aussi d’autres personnes, le plus souvent par le même biais, à partir de leur site web. Les nouveaux participants venant s’ajouter aux "anciens" sont au nombre de 9 en 1999, 25 en 2000 et 16 en 2001.

En 1999, les nouvelles questions posées ont trait au multilinguisme, au droit d’auteur, à l’accessibilité du web pour les aveugles et malvoyants, et aux souvenirs personnels (meilleur et pire souvenir) liés au réseau. En 2000, elles concernent l’imprimé, le livre électronique et, pour les auteurs hypermédias, le rôle que joue l’hyperlien dans leur écriture. En 2001, les questions envoyées visent essentiellement à actualiser et compléter les réponses des années précédentes, et poser à nouveau les questions laissées de côté jusque-là.

Certains ne sont pas intéressés par les questions proposées telle ou telle année, et me disent préférer "passer leur tour" jusqu’à l’année suivante. Ou alors ils me disent ne rien avoir à ajouter pour le moment, y compris pour l'actualisation des informations, les choses n’avançant souvent pas aussi vite qu’ils l’auraient souhaité. Sur les 97 personnes ayant participé aux entretiens entre 1998 et 2001, 48 personnes participent une fois, 32 personnes participent à deux reprises (et pas toujours d’une année sur l’autre, pour les raisons que je viens d'évoquer), 13 personnes participent à trois reprises, et 4 personnes participent à quatre reprises.

Les questions ont un effet de cumul d’une année sur l’autre, si bien que les personnes contactées en 2000 ou 2001 se trouvent avoir des questionnaires nettement plus longs que les personnes contactées en 1998 et 1999.