= Pourquoi les mêmes questions aux uns et aux autres?

Si je décide de poser les mêmes questions aux uns et aux autres, ce n’est bien sûr ni par souci de rapidité, ni pour éviter de me fatiguer, ni parce que je manque d’imagination. C’est le meilleur moyen que j'aie trouvé de rassembler de nombreux avis sur le même sujet, pour pouvoir ensuite juxtaposer et éventuellement recouper ces réponses. Ceci m'est notamment très utile pour écrire certains passages du Livre 010101 sans me contenter de généralités un peu faciles, sinon de platitudes. De plus, comme, à partir de 1999, les Entretiens sont disponibles en ligne, plusieurs correspondants me disent avoir plaisir à lire les différentes réponses aux questions sur lesquelles ils ont eux mêmes "planché". Ils me disent aussi être souvent surpris par la diversité de ces réponses, par exemple, en 2000, le sentiment de chacun sur le livre électronique (e-book), qui vient de faire son apparition.

= Pourquoi sur plusieurs années?

Comme dit plus haut, je préfère interviewer les mêmes participants sur plusieurs années, à raison d'un entretien par an environ, plutôt que de multiplier le nombre des participants. A la réflexion, je suis heureuse d’avoir adopté cette démarche, qui était au début un peu intuitive.

Chose qui était pressentie par beaucoup dès 1998, les années 1998-2001 s'avèrent bien des années charnières pour le développement de l’internet et des technologies numériques dans le monde du livre et de la presse. Ces années apportent des changements considérables, à savoir en 1998 la création de nombreux sites, en 1999 le développement d’un web à la fois francophone et multilingue, en 2000 le passage du papier au numérique et les perspectives du tout numérique, et en 2001 des pronostics revus à la baisse pour le numérique qui, plutôt que de faire cavalier seul, semble parti pour cohabiter avec l’imprimé pendant pas mal d’années. Les réponses des uns et des autres sur plusieurs années permettent de mesurer cette évolution de l’intérieur.

A titre individuel aussi, l'actualisation des entretiens d'une année sur l'autre a un réel intérêt puisque, pour chaque participant, les choses bougent souvent de manière significative pendant ce laps de temps. Pour plusieurs participants, une actualisation est même nécessaire au bout d'un trimestre ou d'un semestre, ce qui explique que les dates de certains entretiens soient assez rapprochées dans le temps.

= Pourquoi en plusieurs langues?

Il est évident que, même si ce travail est d’abord destiné à prendre le pouls de la communauté francophone, ceci ne doit pas être un carcan, d’autant que, pour des raisons à la fois historiques, géographiques et techniques, l’internet est d'abord anglophone avant d’être multilingue. Des pionniers comme Michael Hart, fondateur du Project Gutenberg en 1971, ou encore John Mark Ockerbloom, fondateur de The Online Book Page en 1993, ont tous deux participé à "mes" entretiens. Sur les 97 personnes qui participent, 72 personnes sont francophones ou considérées comme telles puisque totalement bilingues, 23 personnes sont anglophones et 2 personnes sont hispanophones. Je traduis systématiquement en français les entretiens reçus en anglais et en espagnol, et les mets (presque) immédiatement en ligne dans les deux langues, qui sont donc - comme chacun l'a déjà compris - la langue originale et le français.

Je traduis aussi plusieurs entretiens du français vers l’anglais (avec l’aide de Greg Chamberlain qui vérifie et améliore mes traductions) et du français vers l’espagnol (avec l’aide de Maria Victoria Marinetti pour la même raison). Si tous les entretiens reçus en anglais et en espagnol sont traduits en français, je considère que les participants anglophones et hispanophones ne comprenant pas le français ont eux aussi le droit de savoir ce que pensent les francophones, d'où l'intérêt de ces traductions. Les remerciements de correspondants anglophones à ce sujet - à commencer par les participants anglophones aux entretiens - me montrent que je n’ai pas perdu mon temps. Plus généralement, comme le multilinguisme sur le web me paraît essentiel, ainsi que la nécessité de multiplier les traductions, cela m'a permis de mettre ces idées en pratique à mon très modeste échelon.

Point de détail qui a son intérêt, certains participants appartenant aux communautés non francophones et ne maîtrisant pas parfaitement le français font de réels efforts pour répondre en français, ce qui est méritoire, mais qui enlève aux réponses une partie de l’intérêt qu’elles auraient pu avoir si le correspondant s’était exprimé dans sa langue maternelle. J’ai pu en juger en comparant les réponses lorsque le correspondant change de langue d’une année sur l’autre. Ceci montre une fois de plus l’avantage de s’exprimer dans sa propre langue et l’intérêt de traductions professionnelles, on ne le répétera jamais assez. Mais j'ai été touchée par cette attention, et j'ai bien aimé aussi les commentaires du genre : "Surtout n'oubliez pas de corriger mes fautes…"