= Bilan sur les questions posées, et leurs réponses

Revenons de manière plus détaillée sur les questions posées. Elles sont parfois liées aux préoccupations du moment, par exemple le droit d’auteur ou le multilinguisme. Certaines sont intemporelles, par exemple la définition par chacun du cyberespace ou de la société de l’information. Certaines sont beaucoup plus profondes qu’elles n’en ont l’air, par exemple le meilleur et le pire souvenir de chacun sur le réseau.

Demander à chaque participant de se présenter et de décrire son activité et/ou l’activité de son organisme va de soi avant d’aller plus avant. L’actualisation d’année en année montre que les choses avancent à la fois vite et pas vite (comme diraient mes amis normands…). Chose qui s'avère aussi vraie dans la vie cyber que dans la vie réelle, l'enthousiasme et la ténacité à titre individuel sont souvent contrés par des problèmes financiers ou des problèmes de "reconnaissance" par l’organisme ou la structure.

Certaines questions visent à entraîner une prise de conscience. La question sur le multilinguisme - qui a suscité quelques remous - est censée faire toucher du doigt plusieurs problèmes à la fois: nécessité d’un web multilingue (en 1998, c’était moins évident que maintenant), nécessité de défendre la place du français sur le réseau (idem), et enfin importance de la traduction dans les deux sens: vers le français, et à partir du français. Plus généralement, on n'insiste peut-être pas assez sur le fait que l’internet et les technologies numériques ne nous offrent pas seulement l'e-book mais aussi la possibilité d’un meilleur échange entre les différentes communautés linguistiques. De plus, au lieu de vilipender les anglophones, certains francophones devraient plutôt reconnaître que, pour la première fois peut-être, grâce au réseau, et pas seulement pour des raisons commerciales, la communauté anglophone s’intéresse au multilinguisme. Un sujet qu'il serait intéressant de creuser.

Autre question visant à entraîner une prise de conscience, celle sur l’accessibilité du web aux personnes aveugles et malvoyantes. Les réponses montrent la nécessité d'une véritable sensibilisation des personnes voyantes (y compris les professionnels du livre…) au fait que les personnes handicapées visuelles ont elles aussi droit à deux modes de connaissance - la lecture et l’écoute - tout comme les personnes voyantes. Si les professionnels interrogés suggèrent presque tous le développement de documents audio, beaucoup ne pensent pas à la conversion désormais possible des documents numériques en braille. Pourquoi les personnes aveugles devraient-elles se limiter à l’écoute, alors que le développement du numérique leur ouvre enfin largement accès à la lecture?

Plus généralement, nombre de passages des entretiens sont à mon humble avis de petits chefs-d’oeuvre, dans l’esprit et/ou le style, et je les ai relus plusieurs fois au fil des années. Entre autres, j’ai beaucoup aimé les réponses sur le meilleur et pire souvenir de chacun. J’ai d’ailleurs regroupé ces réponses sur une page web spécifique. J’ai beaucoup aimé aussi les définitions personnelles des uns et des autres sur le cyberespace et la société de l’information, qui pourraient faire l’objet d’une étude, pourquoi pas, si l'étude en question veut bien ne pas se limiter à les gloser. Comme le dit très justement un de mes correspondants à qui je m'ouvrais du problème, les réponses se suffisent sans doute à elles-mêmes, d’où l’intérêt de tout simplement les rassembler, ce qui donne là aussi une très belle page web. De par son contenu bien sûr. Pour le graphisme, je laisse aux auteurs hypermédias le soin de se pencher sur la question.

= Quelques chiffres

Bien que n’aimant pas trop les statistiques - qui deviennent vite réductrices - je regroupe ici quelques chiffres (pour la plupart déjà cités), et laisse aux spécialistes le soin d’aller plus avant s’ils le souhaitent (conversion en tableaux et analyses de tous ordres).

Etablie à titre purement indicatif - puisque de nombreux participants ont en fait plusieurs casquettes - la liste par professions donne les chiffres suivants: 14 auteurs, dont 6 auteurs "classiques" et 8 auteurs hypermédias, 12 bibliothécaires-documentalistes, 2 concepteurs d'appareils de lecture, 3 créateurs de sites littéraires, 10 éditeurs, 5 gestionnaires, 7 journalistes, 26 linguistes, dont 8 francophones et 18 non francophones, et enfin 12 professeurs. En fait, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les linguistes ne sont pas sur-représentés. Il s'agit plutôt d'une erreur de ma part. D'une part, le terme est utilisé faute de mieux pour tous ceux qui s'intéressent de très près aux langues. D'autre part j'aurais dû faire éclater cette catégorie en plusieurs catégories: traducteurs, concepteurs de dictionnaires et d'encyclopédies, spécialistes de la traduction automatique, etc. Cette dernière précision est à destination des chercheurs qui vont se pencher sur le problème, puisque certains m’ont déjà dit vouloir étudier cette série d'entretiens. Ils peuvent d'emblée indiquer que, si j'ai réussi un relatif équilibre entre les divers corps de métiers, j'ai complètement raté la parité, puisque, sur les 97 participants, 77 sont des hommes et 20 sont des femmes. A tort ou à raison, je n'ai pas utilisé le sexe comme critère de choix des correspondants.

Les langues maintenant. Les 97 entretiens ont une version française. Ce sont soit des textes originaux (72) soit des traductions (25). Les 39 entretiens en anglais sont soit des originaux (24) soit des traductions (15). Les 12 entretiens en espagnol sont soit des originaux (2) soit des traductions (10). Dans les 97 entretiens, 57 entretiens sont unilingues (français), 31 entretiens sont bilingues (français-anglais, sauf un français-espagnol), 8 entretiens sont trilingues (français, anglais, espagnol) et un entretien remporte la palme du multilinguisme puisqu’il est quadrilingue (français, anglais, espagnol, allemand).