Entre 1166 et 1171, le Juif espagnol Benjamin de Tulède visite la Terre Sainte, et son récit est considéré comme le meilleur témoignage jamais écrit sur cette époque. “Jérusalem… est une petite ville, fortifiée par trois remparts, écrit-il. Elle est pleine de gens que les Musulmans appellent Jacobites, Syriens, Grecs, Géorgiens et Francs, et de gens de toutes langues… Jérusalem a quatre portes: la Porte d’Abraham, la Porte de David, la Porte de Sion et la Porte de Gushpat, qui est la porte de Jehosaphat, faisant face à notre ancien Temple, maintenant appelé le Templum Domini.” [16] Jérusalem “possède une teinturerie, pour laquelle les Juifs paient au roi un loyer annuel modeste, à la condition qu’excepté les Juifs aucun autre teinturier ne soit accepté à Jérusalem. Environ deux cents Juifs habitent sous la Tour de David à un coin de la ville.” [17]

= La période ayyubide (1187-1250)

En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde arménien de foi musulmane, arrive au pouvoir en 1170. Il succède au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie et d’Egypte, et ses contemporains le considèrent comme un homme de foi.

Avec Saladin pour chef, la guerre sainte musulmane vainc les armées franques le 4 juillet 1187 dans le défilé de Galilée nommé Hattîn, près du lac de Tibériade. La veille, Saladin ralentit l’avance de la colonne que constitue l’armée du Royaume latin. Le lendemain, il s’assure le succès de la bataille. Les chevaliers ont épuisé leurs réserves d’eau et ne peuvent plus se battre avec leur fougue habituelle. Saladin fait tuer tous les Templiers et tous les Hospitaliers, si bien que la principale force militaire du Royaume latin disparaît. [18] L’armée musulmane marche ensuite sur Jérusalem et s’en empare le 2 octobre 1187. Les défenseurs sont peu nombreux. Beaucoup de réfugiés venant de toute la Palestine se sont regroupés dans la ville.

L’historien Imad al-Din écrit que les Francs envisagent un suicide collectif dans l’église du Saint-Sépulcre. Le chef franc Balian d’Ibelin, seigneur de Naplouse, mène les négociations avec Saladin. Balian menace de tuer les femmes et les enfants francs, les cinq mille prisonniers musulmans, les chevaux et les animaux, et menace aussi de détruire le Dôme du Rocher et Al-Aksa. Suite à ces menaces, Saladin accepte de laisser la vie sauve à ceux qui peuvent payer une rançon de dix dinars pour les hommes, cinq dinars pour les femmes et deux dinars pour les enfants. Ceux qui peuvent payer dans les quarante jours sont libres de quitter la ville avec leurs biens, pour aller à Tyr. Les quinze mille qui ne peuvent payer sont envoyés en esclavage. [19]

Les Musulmans enlèvent aussitôt la croix surplombant le Dôme du Rocher, et ils fêtent leur retour dans la Ville Sainte après une absence d’un peu moins de deux cents ans. Par une coïncidence extraordinaire, ce jour se trouve être aussi l’anniversaire de l’ascension du prophète Mahomet.

A leur tour, les Chrétiens se voient interdits de séjour, à l’exception des Chrétiens orientaux, qui sont chargés de l’entretien du Saint-Sépulcre et des diverses églises. Saladin autorise les Juifs à revenir dans la Vieille Ville, et reconnaît les droits de la communauté juive de Jérusalem. Le groupe le plus important est le groupe yéménite. D’autres groupes viennent d’Afrique du Nord et d’Europe.

La troisième Croisade (1189-1192) voit l’apparition d’un nouvel ordre militaire, les Chevaliers teutoniques. Le Royaume latin est alors constitué de territoires situés en Galilée et autour de Jérusalem.

En 1229, l’empereur d’Allemagne Frédéric II prend le pouvoir après les négociations menées avec le sultan égyptien Al-Kamil, et les Musulmans conservent le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aksa. En effet, suite à son mariage en 1225 avec Isabelle de Brienne, prétendante au trône de Jérusalem, Frédéric II peut lui aussi prétendre à la couronne. Les négociations aboutissent au traité de Jaffa, pour un accord de dix ans qui prend effectivement fin en 1239. Ce changement de pouvoir paisible est tout à fait exceptionnel dans l’histoire de Jérusalem. [20]

Pendant la première moitié du 13e siècle, une série de traités donne davantage de terres aux Croisés, notamment une partie des territoires pris par Saladin, mais cette nouvelle domination est de courte durée. Le vent tourne en faveur des Mamelouks d’Egypte qui commencent à faire des incursions en Palestine.