En 1244, des hordes de Tartares arrivent dans le pays. Nomades turcs venus d’Asie centrale, ils sont à la solde d’Ayaub, sultan d’Egypte. Ils pillent Jérusalem, massacrent les Chrétiens et dévastent le Saint-Sépulcre.
Les Croisés sont repoussés vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de 1260 à 1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mène une série de campagnes en prenant ville après ville et en progressant peu à peu vers la côte. Acre, la dernier bastion croisé, tombe en 1291.
= La période mamelouke (1250-1517)
En 1249, à la mort d’Ayaub, Jérusalem revient sous la domination de Damas pour une courte période. En 1260, une invasion mongole provoque la fuite des habitants de Jérusalem. Lorsque les Mamelouks parviennent à battre les Mongols à Ein-Harod, Jérusalem passe sous leur contrôle jusqu’à la conquête ottomane de 1516.
Ramban, père de la communauté juive moderne de Jérusalem, émigre d’Espagne pour arriver à Jérusalem en 1267, à l’âge de soixante treize ans. Appelé aussi le rabbin Moshe Ben Nahman, il est exégète de la Torah et du Talmud, poète et physicien. Dans une lettre adressée à son fils, il raconte qu’il ne trouve que deux Juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois voient une maison en ruines avec des piliers en marbre et un beau dôme, et ils en font une synagogue. Ils font venir de Shem (Naplouse) les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l’invasion tartare. [21]
Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099. La communauté commence à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple, entre la Porte des Ordures et la Porte de Sion. [22]
Les Mamelouks sont continuellement en lutte interne pour le pouvoir en Egypte, et ils doivent défendre la Syrie contre les hordes mongoles. Ils n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à la Palestine, négligée par les grands courants politiques. Suite aux vols, aux pillages ou à l’exploitation des paysans, le pays fertile est laissé à l’abandon. Durant leur long règne, Jérusalem devient une ville de pèlerins et d’érudits. Elle est aussi une ville d’exilés politiques qui s’y installent après les disgrâces suivant régulièrement les changements de gouverneur.
L’historien Mujir al-Din vit dans la Ville Sainte presque toute sa vie. Il fait une description de Jérusalem au 15e siècle: “Les rues principales de la ville sont ou plates ou en pente. Pour un grand nombre de constructions, vous pouvez trouver les fondations de constructions anciennes sur lesquelles les récentes ont été élevées. Ces maisons sont tellement serrées les unes contre les autres que, si elles devaient avoir la distance qu’elles ont dans la plupart des villes du monde islamique, Jérusalem occuperait plus de deux fois l’espace qu’elle occupe maintenant. La ville a de nombreuses citernes pour recevoir l’eau puisque ses ressources en eau viennent des chutes de pluie… Les bâtiments de Jérusalem sont extrêmement solides, tous faits de murs et voûtes en pierre. Les briques ne sont pas présentes dans les constructions, ni le bois dans les charpentes. Les voyageurs affirment qu’on ne trouve pas dans l’empire de bâtiments plus solides et de plus belle apparence qu’à Jérusalem.” [23]
Mujir al-Din explique ensuite que, comme d’autres cités islamiques, Jérusalem est divisée en quartiers. Les neuf quartiers principaux sont le quartier maghrébin, le quartier du Sharaf appelé auparavant le quartier des Kurdes, le quartier d’Alam dénommé ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des habitants d’Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de Sion à l’intérieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier des Banu Hârith à l’extérieur des remparts et à côté de la citadelle. [24]
Les théologiens musulmans créent de nombreuses écoles religieuses, appelées madrasas. Al-Aksa et le Dôme du Rocher sont restaurés et embellis. L’architecture chrétienne décline, parce que soumise à de coûteux permis. Les non-Musulmans sont fréquemment persécutés. La société mamelouke impose le port de signes distinctifs à chaque communauté: turbans jaunes pour les Juifs, turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrétiens, turbans blancs pour les Musulmans. Des conflits ont lieu au sujet de certains sites du Mont Sion, convoités par les Chrétiens, par les Musulmans et parfois par les Juifs. Des fanatiques musulmans démolissent l’église Sainte-Marie-des-Allemands, construite à l’emplacement supposé de la maison de Marie, mère de Jésus. Et le Saint-Sépulcre est une fois de plus dévasté.