La mosquée al-Aksa est érigée pour les prières collectives, le Dôme du Rocher étant réservé aux prières individuelles. La mosquée actuelle peut contenir 5 mille personnes.

Alors que les fondations du Dôme du Rocher sont sur la pierre, celles de la mosquée al-Aksa sont bâties sur la terre et les structures des temps hérodiens, à savoir la partie ouest des écuries de Salomon. Ce sont les fondations de l’église byzantine qui auraient été utilisées. Cette église, dédiée à la Vierge Marie pendant le règne justinien, est construite en 560. Les Perses la détruisent par le feu en 614.

Le pèlerin chrétien Arculfe a vu de ses yeux la mosquée de 680. Elle peut contenir 3 mille personnes soit, à l’époque, la totalité de la population musulmane de Jérusalem. A part les proportions générales, presque rien ne subsiste non plus de la deuxième mosquée, construite par Al-Walid, qui fut calife entre 705 et 715. Cette deuxième mosquée fut deux fois détruite par des tremblements de terre pendant les soixante premières années de son existence.

Il existe une controverse parmi les historiens sur la date de construction de la mosquée actuelle. Certains pensent que la construction est dûe à Abd al-Malik, bâtisseur du Dôme du Rocher. D’autres pensent qu’elle est le fait d’Al-Walid, constructeur de la grande mosquée omeyyade de Damas. Le constructeur gaine le dôme de cuivre et il apporte une mosaïque de Constantinople pour décorer l’intérieur de la mosquée, comme dans les mosquées de la Mecque et de Médine. Pendant la période omeyyade, la mosquée est plus étroite et plus courte. Le sol est de marbre et les portes dorées. Le tremblement de terre de 774 détruit les murs est et ouest. La mosquée est restaurée par le calife Abu Jaafar al-Mansur, et détruite à nouveau par un tremblement de terre trois ans après. Le dôme et sa mosaïque sont l’oeuvre du calife fatimide Al-Zahir, tout comme la nef centrale et les sept portes avec leurs sept arcs brisés dans le mur nord de la façade. Après le tremblement de terre de 1033, Al-Zahir reconstruit la mosquée en conservant sept des quinze ailes de la mosquée de 870, celle du calife Al-Mahdi. [18]

Voici le commentaire de Al-Muqaddasi, voyageur musulman du 10e siècle: “La mosquée Aqsa est située dans l’angle sud-est de la Ville Sainte… Cette mosquée est encore plus belle que celle de Damas, parce que pendant sa construction elle eut pour rival et pour modèle la grande église (le Saint-Sépulcre, ndlr) appartenant aux Chrétiens de Jérusalem, et ils construisirent celle-ci (al-Aksa, ndlr) pour être encore plus belle que l’autre.” [19]

Après la prise de Jérusalem en 1099, la mosquée al-Aksa devient la résidence du roi de Jérusalem. Les Croisés considèrent que son emplacement est celui du Templum Domini, le Temple de Salomon. Mais son utilisation comme résidence royale est brève, moins de vingt ans selon Guillaume de Tyr. [20] En 1128, le roi cède le Temple de Salomon à un ordre de moines-soldats fondé dix ans auparavant. De par le nom de leur quartier général, ceux-ci deviennent les Templiers, ordre militaire fondé la même année afin de défendre les Lieux Saints et de protéger les pèlerins pendant leur voyage.

Lors de la prise de Jérusalem en 1187, Saladin, comme pour le Dôme du Rocher, fait enlever les icônes et l’autel, ainsi que les constructions des Templiers au nord de la mosquée. Il contribue à la décoration du mirhâb en offrant une magnifique chaire de bois sculpté. Cette chaire, réalisée en 1170, est l’oeuvre de son prédécesseur Nur al-Din, gouverneur de Syrie. Elle est détruite par le feu en 1969, un geste fou d’un touriste chrétien, qui pensait que le retour du Christ ne pourrait avoir lieu avant la disparition des “abominations” musulmanes du Mont du Temple.

Les sultans mamelouks restaurent les deux côtés de la mosquée. Entre 1345 et 1350, ils ajoutent deux baies de chaque côté du porche croisé. On ne les voit qu’à l’íntérieur, du côté ouest, parce que la nef et le côté occidental sont reconstruits entre 1938 et 1942.

Comme l’attestent des inscriptions sur la mosaïque du dôme, les premières restaurations sont l’oeuvre du roi mamelouk Qalaoun en 1327. Le dôme et les colonnes sont consolidés entre 1922 et 1927. Une deuxième consolidation a lieu après les tremblements de terre de 1928 et 1937. La mosquée et ses baies sont restaurées en 1943 par le roi d’Egypte Farouk.

On voit des traces de la mosquée originale d’Omar, décorée d’une double rangée de colonnes, dans l’angle sud-est d’Al-Aksa. La superficie de cette mosquée était de 8 m x 30 m. Les seuls vestiges de la période omeyyade sont les colonnes situées à l’est du mirhâb.