[Les photographes du 19e siècle / Quelques albums de photos anciennes / Liste de photographes, résidents et voyageurs / Notes]
= Les photographes du 19e siècle
L’invention de la photographie date de 1839. Les premières photos sont des daguerréotypes, utilisés comme documents de base pour des gravures d’ouvrages. Le premier ouvrage ayant utilisé ce procédé est celui d’Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet, Excursions daguériennes, paru en 1841. 120 daguerréotypes sont reproduits en gravures, soit un dizième des collections rapportées d’Orient.
Le second ouvrage est celui de Joseph Philibert Girault de Prangey, Monuments arabes d’Egypte, de Syrie et d’Asie Mineure, paru en 1846. Les daguerréotypes ont été pris en 1841. Vient ensuite l’ouvrage religieux de George Skene Keith, Evidence of the Truth of the Christian Religion, illustré de photos de son fils, prises en 1844. Puis celui de Claudius Galen Wheelhouse, Photographic Sketches from the Shores of the Mediterranean, avec des talbotypes de 1849 et 1850.
Suite à l’invention par Fox Talbot du talbotype/calotype, qui rend possible l’impression de plusieurs copies à partir d’un seul négatif, Louis-Désiré Blanquart-Evrard, un Français de Lille, étudie le procédé et crée une imprimerie en septembre 1851. Entre 1851 et 1855, il publie 20 albums de photographies. C’est lui qui imprime les albums de Maxime du Camp et d’Auguste Salzmann, les deux pionniers de la photographie en Terre Sainte.
En 1849, Maxime du Camp (1822-1894) est délégué par le ministère de l’Instruction publique pour photographier les monuments et les sites du Moyen-Orient. Il est accompagné de son ami Gustave Flaubert. Ils arrivent le 8 août 1850 et restent deux semaines. Ils reviennent avec 214 calotypes. 125 d’entre eux sont imprimés par Blanquart-Evrard et publiés en 1852 par Gide & J. Baudry sous le titre: Egypte, Nubie, Palestine et Syrie: dessins photographiques recueillis durant les années 1849, 1850 et 1851… Ce volume, très coûteux, est le premier livre de voyages à contenir des reproductions photographiques, et en particulier 11 photos de Jérusalem prises en 1850.
A la même époque, selon les souvenirs de Mrs Finn, une de ses connaissances, Georges W. Bridges aurait photographié Jérusalem, très exactement pendant l’hiver 1849-1850 [1]. Ses photos seraient donc antérieures à celles de Maxime du Camp. Elles seraient les premières jamais réalisées en Terre Sainte, contrairement à l’idée bien ancrée donnant la paternité des premières photos à Maxime du Camp. L’album de George W. Bridges ne paraît qu’en 1859.
Quelques années après, l’archéologue français Louis Félicien de Saulcy, revenant d’un voyage à Jérusalem en 1854, demande l’aide de son ami Auguste Salzmann pour conforter ses thèses archéologiques à l’aide de photographies. Ses thèses diffèrent totalement de celles des autres archéologues français, et ses propres dessins ne sont pas suffisants pour étayer ses démonstrations.
Auguste Salzmann (1824-1872) est à la fois artiste peintre et photographe. Il est envoyé pour un séjour de six mois en Terre Sainte, sous l’égide du ministère de l’Instruction publique. Il revient avec 200 calotypes. 174 sont imprimés par Blanquart-Evrard et édités par Gide & Baudry en 1856 dans la grande édition de: Jérusalem: étude et reproductions photographiques de la Ville Sainte, depuis l’époque judaïque jusquà nos jours… La grande édition comprend 174 photographies de grand format (24 x 34 cm). La petite édition comprend 40 photographies parmi les plus belles et les plus intéressantes de la grande édition et réduites de moitié (22 x 16 cm) [2].
Daté de juin 1854, l’avant-propos d’Auguste Salzmann débute ainsi: “Au mois de septembre 1853, j’avais résolu de retourner dans les îles de l’Archipel, où j’avais déjà passé un été, afin d’y étudier les monuments chrétiens. Vers la même époque parut un ouvrage qui souleva de nombreuses et vives discussions; de nouvelles opinions venaient d’être émises sur les monuments judaïques de Jérusalem. M. de Saulcy venait de publier son voyage en Syrie et à la Mer Morte. Qui était dans le vrai? Devait-on repousser, sans examen, les observations et les théories de l’homme qui venait de passer une année entière à parcourir la Palestine, à l’étudier à fond, et soutenir ceux qui, sans quitter leur fauteuil, se faisaient les défenseurs d’anciennes opinions passées à l’état de traditions? Par sa publication savante, M. de Saulcy renversait bien des idées accréditées jusqu’à ce jour. – Il n’y avait à Jérusalem plus de vestige de l’architecture judaïque. – C’était chose convenue: et lui venait, la Bible et l’histoire à la main, prouver que les monuments qui, jusqu’ici, avaient été considérés comme étant de la décadence grecque ou romaine, étaient bien réellement de l’époque juive. Il fallait, ou bien du courage, ou une conviction bien arrêtée, pour ne pas reculer devant la lutte qui allait s’engager, lutte à laquelle bien des inconnus allaient prendre part. Dans ces circonstances, je modifiai mon itinéraire, croyant rendre un vrai service à la science, en étudiant et surtout en reproduisant par la photographie tous les monuments de Jérusalem, principalement ceux dont l’origine était contestée.”