L’accès des Juifs au Mont du Temple semble toutefois sujet à controverse. Selon Salman Ben Yeruham, écrivain karaïte des années 950, l’accès du Haram semble interdit aux Juifs. Mais, à partir de 970, les Fatimides autorisent les Juifs à prier dans un endroit déterminé du Mont [6].
C’est la plus grande époque de Jérusalem sous la férule musulmane. La ville a trente mille habitants, une superficie d’un kilomètre carré et des remparts de quatre kilomètres de long.
La période de prospérité de Jérusalem se termine avec le successeur d’Al-Ariz, Al-Hakim, calife de 996 à 1021. Appelé le “calife fou”, il persécute sauvagement les Chrétiens et interdit les pèlerinages. En 1010, il ordonne la destruction de toutes les synagogues et de toutes les églises, y compris le Saint-Sépulcre. Après sa mort, les pèlerinages reprennent. On reconstruit le Saint-Sépulcre et nombre d’églises. Des groupes de pèlerins viennent régulièrement d’Europe.
Nasir-I Khusraw, un Perse venu visiter la ville en 1047, fait un beau portrait de Jérusalem avant l’arrivée des Croisés: “Ce fut le 5e jour du Ramadan de l’année 458 (1047 selon le calendrier chrétien, ndlr) que j’arrivai à la Ville Sainte… Jérusalem est une très grande ville, et lors de ma visite il y avait vingt mille personnes. Elle a des bazars hauts, bien construits, et propres. Toutes les rues sont pavées de dalles de pierre. Et, aux endroits où la pierre était plus haute, ils l’ont coupée pour la mettre à niveau, si bien que, dès que la pluie tombe, la place se trouve lavée et propre. Il existe de nombreux artisans dans la ville, et chaque corps de métier a son propre bazar.” [7]
Les pèlerinages chrétiens sont nombreux. En 1065, douze mille pèlerins chrétiens arrivent d’Allemagne du Sud et de Hollande. Selon le rapport du rabbin Shlomo ben Yehuda, qui est à la tête de la Yeshivah de Jérusalem, on compte aussi des pèlerinags juifs. Les Juifs prient dans les synagogues du Mont des Oliviers, et se prosternent en formant un demi-cercle devant les remparts et les portes de la ville.
Après avoir investi les régions montagneuses du pays, les Turcs séleucides s’emparent de la ville en 1071, et la gardent sous leur férule pendant vingt-huit ans. Ils pillent la Ville Sainte, persécutent les Chrétiens et les Juifs, et interdisent les pèlerinages. Cette occupation aggrave les dissensions avec les Chrétiens d’Europe.
Dans sa ferveur religieuse, l’Europe donne son approbation enthousiaste au pape Urbain II quand, au Concile de Clermont de novembre 1095, il appelle à une croisade pour libérer les Lieux Saints. Dans son discours, il s’inquiète des rançons constantes dont les Chrétiens font l’objet. S’ils refusent de donner leur argent, ce sont leurs bagages et leurs vêtements qui sont fouillés de fond en comble, y compris les coutures des vêtements. Parfois les rançonneurs, pour plus de sécurité, vont jusqu’à fouiller les intestins pour voir si les pièces n’ont pas été avalées. [8]
Dans ses écrits, Guillaume de Tyr décrit la situation des Chrétiens: la persécution par Al-Hakim, la destruction de l’église du Saint-Sépulcre, la demande puis l’autorisation de la reconstruire, les vexations continuelles infligées aux pèlerins venant dans la Ville Sainte. D’après lui, c’est cette dernière mesure qui est la cause essentielle des Croisades. [9]
A l’époque précédant l’arrivée des Croisés, les Chrétiens sont formés de Grecs, d’Arméniens, de Coptes égyptiens, de Jacobites syriens et, de plus en plus, de Latins d’Europe.
Les Fatimides reviennent au pouvoir en 1098, juste à temps pour défendre
Jérusalem contre les troupes de la première Croisade.