#Itinéraire roman en douze églises
Dans la région côtière qui s'étend autour des villes de Granville et d'Avranches (département de la Manche, Normandie), plusieurs églises présentent d'importantes parties romanes. En allant du nord au sud (voir la carte), il s'agit des églises de Saint-Martin-le-Vieux, Bréville, Yquelon, Saint-Pair, Angey, Sartilly, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey, Genêts, Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et Saint-Quentin. Ces églises sont construites avec des matériaux locaux, à savoir le schiste et le granit. Le sol de la région est formé de roches schisteuses entourant les deux massifs granitiques de Vire et d'Avranches.
La région appartient au Cotentin pour sa partie nord et à l'Avranchin pour sa partie sud. La limite entre le Cotentin et l'Avranchin est la petite rivière du Thar, qui se jette dans la Manche au sud de Saint-Pair-sur-Mer. Cette région était au Moyen-Age une région riche. Le peuplement y était beaucoup plus dense qu'à l'intérieur des terres. La vie économique y était active: pêcheries, salines à proximité de Saint-Martin-de-Bréhal, Bréville et Saint-Léonard-de-Vains, exploitation de la tangue et du varech utilisés comme engrais marins, nombreuses cultures intensives.
Ces églises étaient des églises paroissiales appartenant aux diocèses de Coutances et d'Avranches, à l'exception du prieuré Saint-Léonard-de-Vains, qui était la propriété de l'abbaye Saint-Etienne de Caen. Elles étaient situées sur le réseau de voies montoises qu'empruntaient les pèlerins pour se rendre au Mont Saint-Michel. Certaines de ces églises et leurs dépendances furent données par les ducs normands à l'abbaye du Mont Saint-Michel aux 10e et 11e siècles. D'autres firent l'objet de donations à l'abbaye naissante de la Lucerne au 12e siècle.
Bâtie sur un petit promontoire, l'église de Saint-Martin-le-Vieux fut utilisée jusqu'à la Révolution. Elle servit ensuite d'arsenal et tout son mobilier fut vendu. Rendue au culte en 1801, elle ne fut plus utilisée dès 1804 car elle menaçait de s'effondrer. L'ensemble, en ruines, est envahi par la végétation. Le choeur et la nef datent du 11e siècle: appareil en arêtes de poisson, porte au cintre surbaissé de la nef, étroites petites baies au cintre de granit. L'église a subi des remaniements par la suite: percement de la baie géminée du chevet, percement des baies des murs sud du choeur et de la nef, édification d'un clocher peigne en granit rose de Chausey. Ce dernier date du 16e siècle.
L'église Notre-Dame de Bréville date en grande partie de la seconde moitié du 12e siècle. Un ensemble très homogène est formé à l'extérieur par la majeure partie de la nef, la base de la tour et les murs latéraux du choeur. La nef a sans doute été terminée au 13e siècle: une porte à l'arcade brisée est présente dans le mur latéral nord. L'édifice a été remanié à la fin du 15e ou au début du 16e siècle. A l'intérieur, remaniement de la travée sur laquelle repose la tour, construction d'une voûte en croisée d'ogives au-dessus du choeur, percement d'une grande baie géminée dans le mur du chevet. A l'extérieur, construction de l'étage de la tour et de la flèche. L'église a été restaurée entre 1961 et 1976. Les travaux lui ont rendu sa simplicité première. (Voir un article plus complet.)
Le portail occidental et la porte sud de l'église Saint-Pair d'Yquelon présentent des similitudes avec la porte sud de l'église de Bréville. La nef et le choeur des deux églises datent de la même époque. Le choeur de l'église d'Yquelon est surmonté d'une voûte en croisée d'ogives romane. Dans le mur nord de la nef, un enfeu abrite une pierre tombale du 12e siècle en calcaire tendre, qui représente un chevalier.
Sont également romans les deux étages de la tour et une partie du choeur de l'église de Saint-Pair. Le premier étage de la tour est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles. Le deuxième étage est percé sur chaque face d'une baie géminée. L'ensemble se termine par une flèche octogonale. Les chapitaux des piliers intérieurs de la tour sont ornés de sculptures frustes en bas-relief taillées dans le granit. En 1875, on a retrouvé dans le choeur une partie des fondations de l'oratoire du 6e siècle et les sarcophages de cinq saints, dont celui de Saint Pair (482-565), qui fonda l'abbaye de Scissy et donna son nom à la localité. La nef ancienne fut détruite à la fin du 19e siècle pour agrandir un édifice devenu trop petit pendant la saison des bains. Cette nef fut remplacée par une nef et un transept de grandes dimensions, d'inspiration gothique.
Le portail sud de l'église Saint-Pair de Sartilly est le seul élément appartenant à l'édifice roman original, qui fut détruit et remplacé en 1858 par une église beaucoup plus grande. Ce portail de granit est le plus beau portail roman de la région. Les moulurations des voussures et de l'archivolte et les sculptures des chapiteaux (feuilles de chêne, feuilles d'acanthe, volutes) sont le fruit d'un travail très soigné.
L'église d'Angey dispose d'un choeur roman. Celui-ci date sans doute de l'édifice primitif donné par Guillaume de Saint-Jean à l'abbaye de la Lucerne en 1162. Une deuxième campagne de construction daterait de la seconde moitié du 12e siècle: l'appareil de la base de la tour est légèrement différent de celui du choeur.