La tour romane, de forme carrée, est surmontée d'une flèche octogone. Actuellement sise à la croisée du transept, elle était située entre choeur et nef avant 1880. Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles reposant sur un bandeau chanfreiné. Les arcades en plein-cintre, ornées d'une simple moulure torique, reposent sur d'épaisses colonnettes engagées. Les chapiteaux sont surmontés d'un tailloir carré se prolongeant entre les arcatures par un bandeau chanfreiné parallèle au bandeau inférieur. Le deuxième étage, en très léger retrait par rapport au premier, est orné sur chaque face d'une baie géminée. Ces baies, séparées par une colonnette trapue, sont entourées d'une arcade en plein-cintre ornée d'un tore et reposant sur des colonnettes engagées.
Les angles de la flèche octogonale sont adoucis par des tores. Aux extrémités de la base, quatre clochetons coniques sont ornés à mi-hauteur d'un boudin. La flèche fut reconstruite à la fin du 19e siècle après avoir été endommagée par la foudre. De quand datait la première flèche en pierre? Aucun document ne permet de le savoir.
A l'intérieur de l'église, la tour repose sur quatre piliers massifs. Ces piliers supportent des arcs fourrés et légèrement brisés déterminant une voûte d'arêtes. Les corbeilles de chapiteaux des piliers nord-ouest, sud-est et nord-est sont ornées de crochets d'angle en faible relief. Celles du pilier sud-ouest sont différentes. D'un côté, un cône de pin et une feuille de chêne entourée de deux glands encadrent des formes peu visibles qui pourraient être des animaux. De l'autre, un buste d'homme orne l'angle de la corbeille, avec une branche de chêne visible à gauche. Toutes ces sculptures, taillées en bas-relief dans le granit, sont très frustes.
Le choeur de l'église est de grandes dimensions. Sa longueur atteint presque celle de la nef primitive aujourd'hui détruite. Côté nord, près du chevet, ce choeur ouvre sur une chapelle romane voûtée en berceau (chapelle qui a subi des tranformations au 20e siècle). Au 19e siècle, le tiers du mur nord situé près de la tour fut détruit afin de ménager une ouverture pour une nouvelle chapelle dédiée à Saint Gaud, consacrée en 1853. Le mur plat du chevet fut ouvert pour construire une abside semi-circulaire d'inspiration gothique. Visible dans le mur nord, la petite baie en plein-cintre à fort ébrasement est d'origine. Le mur sud est lui aussi percé de trois petites baies en plein-cintre. Agrandies et transformées en baies trilobées au 15e siècle, lors de la construction de la voûte de pierre, ces baies ont été ramenées à leurs proportions d'origine au 19e siècle.
De quelle époque dater les parties romanes? On connaît précisément la date de la construction de la tour. On sait que ses fondations datent de 1131, grâce à un manuscrit rédigé à cette date, à l'occasion de la découverte du sarcophage de Saint Gaud dans le choeur. Le même manuscrit cite le nom du maître d'oeuvre qui dirigea la construction de la tour, un certain Rogerius de Altomansiunculo. Ceci est d'autant plus intéressant que les architectes d'édifices romans restaient le plus souvent anonymes. Le choeur et sa chapelle sont très difficiles à dater du fait de leurs nombreux remaniements. Il n'est pas possible non plus de déterminer si leur construction est antérieure ou postérieure à celle de la tour.
#Les églises de Bréville et d'Yquelon: des similitudes
A proximité de Granville, les églises Notre-Dame de Bréville et Saint-Pair d'Yquelon sont en partie romanes. Situées sur la voie montoise qu'empruntaient les pèlerins du nord-ouest du Cotentin pour se rendre au Mont Saint-Michel, toutes deux sont des églises paroissiales construites avec des matériaux locaux, schiste et granit.
Sise sur la côte, à six kilomètres au nord de Granville (voir la carte), l'église de Bréville est un vaisseau rectangulaire formé d'une nef de deux travées et d'un choeur de deux travées à chevet plat. La tour, implantée dans l'axe du vaisseau, s'élève entre choeur et nef.
La façade occidentale, remaniée en 1783, est percée d'une porte et d'une grande baie sans caractère. Cette façade est entièrement recouverte d'un enduit de ciment.
Le mur sud de la nef est épaulé d'un contrefort plat central. Parmi les modillons taillés en biseau supportant la corniche, on remarque deux petits modillons grossièrement sculptés de têtes humaines au-dessus de la baie de la seconde travée. Deux larges baies au cintre surbaissé ont remplacé les petites baies romanes en 1832.