Naomi Lipson, écrivain multimédia, traductrice et peintre, fait elle aussi partie de l'équipe du websoap. "Aux côtés d'Olivier Lefèvre, qui est le concepteur du projet, j'ai créé le personnage principal, Mona Bliss, autour duquel gravitent une galaxie d'autres personnages, tous doués d'une vie propre, c'est-à-dire, sur la toile, d'un site personnel et d'une boîte aux lettres électronique dont le contenu est accessible à tous sur le Blue Mailer (site qui permet au lecteur de lire sur le web le contenu des différentes boîtes aux lettres, ndlr)."
Plus généralement, "j'ai toujours baigné dans l'écriture, raconte-t-elle, mais je n'ai produit de textes dignes de ce nom que grâce à l'ordinateur, qui a profondément modifié ma façon d'écrire et de penser. Quand il m'arrive par hasard de retourner au stylo et au papier, je suis perdue, mon écriture, comme intrinsèquement hypertextuelle, part (apparemment) dans tous les sens sur la page blanche. La structure n'est plus la même. Bien sûr, avec ma formation classique (hypokhâgne, latin-grec) je pourrais rapidement retrouver l'écriture linéaire, mais franchement, je n'en ai plus envie. Je me sens en parfaite adéquation avec l'hypertexte, tout simplement. Peut-être parce que j'ai l'esprit d'escalier…"
= Des hyper-romans publiés en feuilleton sur le web
Lucie de Boutiny est l'auteur de Non, roman multimédia publié en feuilleton sur le web par Synesthésie, revue en ligne d'art contemporain. "NON prolonge les expériences du roman post-moderne (récits tout en digression, polysémie avec jeux sur les registres - naturaliste, mélo, comique… - et les niveaux de langues, etc.), explique-t-elle. Cette hyperstylisation permet à la narration des développements inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des récits multiples et multimédias, car l'écrit à l'écran s'apparente à un jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde. Quant au sujet: NON est un roman comique qui fait la satire de la vie quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposés dynamiques. Bien qu'appartenant à l'élite high-tech d'une industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite révolution numérique. (…) Les personnages sont de bons produits. Les images et le style graphique qui accompagnent leur petite vie conventionnelle ne se privent pas de détourner nombre de vrais bandeaux publicitaires et autres icônes qui font l'apologie d'une vie bien encadrée par une société de contrôle."
Lucie de Boutiny publie aussi bien sur papier que sur écran. "D'une manière générale, mon humble expérience d'apprentie auteur m'a révélé qu'il n'y a pas de différence entre écrire de la fiction pour le papier ou le pixel: cela demande une concentration maximale, un isolement à la limite désespéré, une patience obsessionnelle dans le travail millimétrique avec la phrase, et bien entendu, en plus de la volonté de faire, il faut avoir quelque chose à dire! Mais avec le multimédia, le texte est ensuite mis en scène comme s'il n'était qu'un scénario. Et, si à la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'appréhension du texte, et même, il faut le souligner, change l'oeuvre originale."
Les possibilités offertes par l'hyperlien ont néanmoins changé son mode d'écriture. "Ce qui a changé: le bonheur d'écrire autrement, car ce qu'il se passe, depuis l'avènement d'ordinateurs multimédias, relativement peu coûteux, connectés au web, est qu'un certain nombre d'artistes éclairés par la fée électricité ont besoin d'être illuminés. Quelles que soient leurs confessions d'origine (arts visuels, littérature, poésie sonore, expérimentale…), elles/ils utilisent le média numérique comme un outil de création dont il faut découvrir les possibles. Le net étant évolutif, les artistes proposent le plus souvent des tentatives, c'est curieux, des works in progress, c'est opiniâtre, ou des pièces plus ambitieuses qui se construisent dans le temps, en fonction de l'amélioration du web (sa fluidité, sa résolution d'images, etc.). Ainsi le cyberartiste propose souvent des actualisations et des versions O.x. Voilà qui est intéressant et qui nous sort du marché."
Roman d'Anne-Cécile Brandenbourger, La malédiction du parasol s'est d'abord intitulée Apparitions inquiétantes. "Longue histoire à lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises pensées et de plaisirs ambigus", la version originale s'est développée sous forme de feuilleton pendant deux ans sur le site d'Anacoluthe, en collaboration avec Olivier Lefèvre. L'histoire est publiée en février 2000 aux éditions 00h00.com, en tant que premier titre de la collection 2003, consacrée aux nouvelles écritures numériques. Suite au succès du livre, six mois après, en août 2000, le roman est réédité en version imprimée aux éditions "Florent Massot présente", avec une couverture en 3D et un nouveau titre.
"Les possibilités offertes par l'hypertexte m'ont permis de développer et de donner libre cours à des tendances que j'avais déjà auparavant, écrit l'auteur. J'ai toujours adoré écrire et lire des textes éclatés et inclassables (comme par exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et l'hypermédia m'a donné l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute liberté. Car pour créer des histoires non linéaires et des réseaux de textes qui s'imbriquent les uns dans les autres, l'hypertexte est évidemment plus approprié que le papier. Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon écriture de plus en plus intuitive. Plus 'intérieure' aussi peut-être, plus proche des associations d'idées et des mouvements désordonnés qui caractérisent la pensée lorsqu'elle se laisse aller à la rêverie. Cela s'explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on écrit peut être un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire."
= Un espace d'écriture hypermédia
Mis en ligne en juin 1997, oVosite est l'oeuvre d'un collectif de six auteurs issus du département hypermédias de l'Université Paris 8: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina, Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. oVosite est conçu et réalisé "autour d'un symbole primordial et spirituel, celui de l'oeuf, explique Luc Dall'Armellina. Le site s'est constitué selon un principe de cellules autonomes qui visent à exposer et intégrer des sources hétérogènes (littérature, photo, peinture, vidéo, synthèse) au sein d'une interface unifiante."