Lancé en octobre 2000 à New York, le Gemstar eBook est le successeur du Rocket eBook (conçu par NuvoMedia) et du Softbook Reader (conçu par SoftBook Press), suite au rachat des deux sociétés par Gemstar en janvier 2000. Commercialisés en novembre 2000 aux Etats-Unis, les deux modèles - REB1100 (noir et blanc, sucesseur du Rocket eBook) et REB1200 (couleur, sucesseur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le label RCA, appartenant à Thomson Multimedia. Avec une mémoire de 8 Mo, un modem interne de 36,6 K et une batterie lithium-ion rechargeable, le modèle en noir et blanc (REB1100) peut stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. Il coûte 299 $US (316 euros). La mémoire peut être étendue à 72 Mo, permettant de stocker 150 livres. Un peu plus grand, le modèle couleur (REB1200) a un écran tactile à cristaux liquides de plus haute résolution, un modem interne de 56 K et une connection Ethernet (permettant l'accès à l'internet par câble et DSL). Il coûte 699 $US (738 euros). Le Gemstar eBook sera commercialisé courant 2001 en Europe avec l'appui des éditions 00h00.com, rachetées par Gemstar en septembre 2000 (voir 6.3.4).
En octobre 2000, le eBookMan de Franklin, société leader spécialisée dans les PDA (personal digital assistants) et les dictionnaires de poche, reçoit le eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort (13-17 octobre 2000). Les logiciels de lecture utilisés sont le Franklin Reader et le Microsoft Reader. Un mois après, la version test (beta) du eBookMan est présentée au Comdex Trade Show de Las Vegas (13-17 novembre 2000). Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début 2001 à des prix allant de 129,95 à 229,95 $US (137 à 243 euros). Le prix est essentiellement fonction de la mémoire vive (8 ou 16 Mo) et de la qualité de l'écran à cristaux liquides (rétro-éclairé ou non). L'appareil permet aussi l'écoute de livres audio et des fichiers musicaux au format MP3, et le stockage de données personnelles (agenda, carnet d'adresses, mémo, etc.).
Conçu par la société Cytale, le Cybook est commercialisé en janvier 2001. Premier livre électronique européen disponible sur le marché, il coûte 867 euros. Ses caractéristiques sont les suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un écran couleur 10 pouces, tactile, rétro-éclairé, à cristaux liquides, avec une résolution de 600 x 800 pixels, quatre boutons de commande, une mémoire de 32 Mo permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intégré avec un connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA (sigle de Personal Computer Memory Card International Association) et port USB (universal serial bus) permettant de brancher des périphériques. Il suffit d'une prise téléphonique pour connecter le Cybook à l'internet et télécharger des livres à partir de la librairie électronique située sur le site web de Cytale, qui a conclu des partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse pour constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.
"J'ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre électronique, explique en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre 'adaptable', et aussi moyen d'accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c'est également une fenêtre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans internet! (…) L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de lecture sécurisés."
"S'il doit s'agir d'un ordinateur portable légèrement 'relooké', mais présentant moins de fonctionnalités que ce dernier, je n'en vois pas l'intérêt, explique Emilie Devriendt, élève professeur à l'Ecole normale supérieure de Paris. Tel qu'il existe, l'e-book est relativement lourd, l'écran peu confortable à mes yeux, et il consomme trop d'énergie pour fonctionner véritablement en autonomie. A cela s'ajoute le prix scandaleusement élevé, à la fois de l'objet même et des contenus téléchargeables; sans parler de l'incompatibilité des formats constructeur, et des 'formats' maison d'édition. J'ai pourtant eu l'occasion de voir un concept particulièrement astucieux, vraiment pratique et peu coûteux, qui me semble être pour l'heure le support de lecture électronique le plus intéressant : celui du 'baladeur de textes' ou @folio (conçu par Pierre Schweitzer, ndlr), en cours de développement à l'Ecole nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses concepteurs sont à l'opposé de celles des 'gros' concurrents qu'on connaît, en France ou ailleurs: aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque c'est le contenu du web (dans l'idéal gratuit) que l'on télécharge."
En bref, comme on le voit, le livre électronique n'en est qu'à ses débuts. On attend impatiemment la commercialisation d'@folio.
8.2. Ce qu'en pensent les professionnels du livre
La critique unanime est son prix. Selon les modèles, le prix oscille pour le moment entre 137 et 837 euros. "Pour qu'il devienne un produit de consommation de masse, il faudra (…) que son prix soit attractif", écrit Denis Zwirn, PDG de la librairie numérique Numilog. De l'avis de Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac, le livre électronique est "un plus, mais il faudra encore du temps et, pour l'instant, le prix, comme pour la 'voiture propre', n'est pas très attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en offre un, j'en ferai la pub." 'Hors de prix!', déclare Bernard Boudic, responsable éditorial du serveur web de Ouest-France jusqu'en décembre 2000. "Cet instrument est réservé à une classe de personnes qui peuvent financièrement s'en permettre l'acquisition", commente Jean-Philippe Mouton, gérant de la société d'ingénierie Isayas.
Il reste donc à attendre soit la mise sur le marché de modèles moins chers, soit une forte demande qui ferait baisser progressivement les prix des modèles existants, tout comme les téléviseurs ou les ordinateurs en d'autres temps.
Les autres commentaires se répartissent en quatre grandes "tendances": une machine peu séduisante pour les amoureux du livre (8.2.1), un appareil monotâche à l'intérêt limité (8.2.2), un intérêt certain pour les bibliothèques (8.2.3), une étape vers le papier électronique de demain (8.2.4). De plus, Alex Andrachmes, producteur audio-visuel, écrivain et explorateur d'hypertexte, s'est livré à un "j'ai testé pour vous" des plus passionnants (8.3).