Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyse et traitements informatiques du lexique français): "L'e-book offre une combinaison d'opportunités : la digitalisation et l'internet. Les éditeurs apportent leur titres à tous les lecteurs du monde. C'est une nouvelle ère de la publication."

Bakayoko Bourahima, documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan: "Il faut voir pour la suite comment le livre numérique se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans l'industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l'écriture, dans la lecture, etc."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire des actualités de l'internet: "Dans l'édition du 28 juillet 1998 des Chroniques de Cybérie, je parlais du numéro 4 des Cahiers de médiologie ayant pour thème 'Les pouvoirs du papier', et aussi des premiers livres numériques. Force est de constater que, deux ans plus tard (en août 2000, date de l'entretien, ndlr), peu de choses ont évolué. D'abord, sur le plan technique, les nouvelles interfaces de lecture n'ont pas rempli leurs promesses sur le plan de la convivialité, de l'aisance et du confort, du plaisir de l'expérience de lire. D'autre part, les contenus proposés sont encore assez maigres. Je ne dis pas qu'il n'y a rien, mais c'est peu varié, et encore peu de grands titres qui permettraient des économies d'échelle. Oui, Stephen King a fait un pied de nez aux éditeurs et publié des oeuvres originales en ligne. Et alors? On peut difficilement, encore, parler d'une tendance. J'ai une théorie des forces qui animent et modifient la société, et qui se résume à classer les phénomènes en tendances fortes, courants porteurs et signaux faibles. Le livre électronique (appelé ici livre numérique, ndlr) ne répond pas encore aux critères de tendance forte. On perçoit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant porteur, mais on n'y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera un atout important pour les personnes qui souhaiteront s'auto-éditer, et le phénomène pourrait bouleverser le monde de l'édition traditionnelle."

8. LE LIVRE ELECTRONIQUE EMERGE

[Dans ce chapitre:]

[8.1. Les différents modèles // 8.2. Ce qu'en pensent les professionnels du livre / Une machine peu séduisante pour les amoureux du livre / Un appareil monotâche à l'intérêt limité / Un intérêt certain pour les bibliothèques / Une étape vers le papier électronique de demain // Le "j'ai testé pour vous" d'Alex Andrachmes]

Ce chapitre traite du livre électronique, défini ici comme l'appareil de lecture permettant de lire à l'écran des livres numériques. On s'intéresse au véritable livre électronique, et non aux PDA (personal digital assistants) ayant de multiples fonctions, l'une d'entre elles étant la lecture de livres numériques sur un écran lilliputien. Le livre numérique, défini comme la version numérisée d'un livre, est traité dans le chapitre précédent.

8.1. Les différents modèles

Conçu par Pierre Schweitzer, architecte designer à Strasbourg, @folio est un support numérique de lecture nomade. "J'hésite à parler de livre électronique, explique-t-il, car le mot 'livre' désigne aussi bien le contenu éditorial (quand on dit qu'untel a écrit un livre) que l'objet en papier, génial, qui permet sa diffusion. La lecture est une activité intime et itinérante par nature. @folio est un balladeur de textes, simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon ses désirs à partir du web, pour aller lire n'importe où. Il peut aussi y imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les textes sont mémorisés en faisant: 'imprimer', mais c'est beaucoup plus rapide qu'une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont maintenus au niveau d'une reliure tactile."

A l'origine du concept, son projet de design, qui date d'octobre 1996. "Le projet est né à l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg où j'étais étudiant. Il est développé à l'Ecole nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace. Aujourd'hui, je participe avec d'autres à sa formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept en un objet grand public pertinent." En été 2001, l'équipe d'@folio aborde la phase commerciale et cherche des investisseurs. La même équipe développe aussi Mot@mot, qui est une passerelle entre @folio et les fonds numérisés en mode image (voir 11.2).