Comme on vient de le voir dans ces lignes, le nombre de livres numériques est sans proportion avec celui des livres imprimés. "Le volume de titres disponibles à ce jour en format de lecture à l'écran est ridicule par rapport aux quelques 600.000 titres existant en français, indique en février 2001 Denis Zwirn, PDG de la librairie numérique Numilog. Mais ceci ne devrait plus être le cas d'ici deux ou trois ans. Nombre d'éditeurs numérisent maintenant leurs fonds. Ceux qui en ont les moyens le font à la vitesse grand V. Les éditeurs (de logiciels et de livres) et les libraires qui ont pignon sur rue sont désormais soucieux de ne pas rater un marché naissant qui devrait connaître une forte expansion dans les prochaines années.

7.3. Quelques commentaires

Le livre numérique entraîne scepticisme ou curiosité chez les professionnels du livre. Il lui reste à faire ses preuves. Voici quelques réactions. D'autres opinions sont exposées dans le chapitre consacré au livre électronique, appareil de lecture permettant de lire des livres numériques.

Jean-Paul, auteur multimédia: "Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire la Tour Eiffel. Le but des dinosaures industriels qui s'entretuent pour imposer leur format de livre électronique (appelé ici livre numérique, ndlr) est de détourner vers eux la partie rentable du contenu des bibliothèques (rebaptisé 'information'). Ils travaillent aussi pour nous, en contribuant à banalyser l'usage de l'hyperlien."

Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique: "Mon opinion est assez réservée. La lecture sur écran est moins confortable que dans un livre traditionnel. Le seul intérêt (à long terme) serait, me semble-t-il, de trouver à l'état numérique des livres épuisés, lorsqu'on ne peut se rendre dans une bibliothèque."

Richard Chotin, professeur à l'ESA (Ecole supérieure des affaires) de Lille: "Il a une certaine utilité mais ne remplacera pas le livre papier, sauf à pouvoir le tirer ultérieurement si l'intérêt est grand."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human Language Technologies): "Il y a encore un long chemin à parcourir avant que la lecture sur écran soit aussi confortable que la lecture sur papier."

Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication à la Webster University de Genève: "J'ai difficulté à croire que les gens sont prêts à lire sur un écran. En ce qui me concerne, je préfère de beaucoup toucher et lire un vrai livre."

Jacques Pataillot, conseiller en management dans la société Cap Gemini Ernst & Young: "Le plaisir de la lecture commence, pour moi, par une visite et une discussion avec le libraire spécialisé. Il se poursuit par la possession et la conservation du livre."

Tim McKenna, écrivain et philosophe: "Je ne pense pas que le livre numérique séduise vraiment les amoureux des livres. Si l'internet est un excellent moyen d'information, les livres ne se bornent pas à cela. Ceux qui aiment les livres ont une relation personnelle avec eux. Ils les relisent, notent leurs commentaires sur les pages, s'entretiennent avec eux. Tout comme le cybersexe ne remplacera jamais le fait d'aimer une femme, le livre numérique ne remplacera jamais la lecture d'un beau texte en version imprimée."