= L'E-zine-list

Les premiers titres purement électroniques sont répertoriés dans l’E-zine-list, créée en été 1993 par John Labovitz. Abrégé de fanzine ou magazine, un e-zine est généralement l’oeuvre d’une personne ou d’un petit groupe. Il est uniquement diffusé par courriel ou sur un site web. Le plus souvent, il ne contient pas de publicité, ne vise pas un profit commercial et n’est pas dirigé vers une audience de masse.

Comment l’E-zine-list débute-t-elle? Sur le site, John Labovitz relate qu’à l’origine son intention est de faire connaître Crash, un zine imprimé pour lequel il souhaite créer une version électronique. A la recherche de répertoires, il ne trouve que le groupe de discussion Alt.zines, et des archives comme le The Well et The Etext Archives. Lui vient alors l’idée d’un répertoire organisé. Il commence avec douze titres classés manuellement dans un traitement de texte. Puis il écrit sa propre base de données. En quatre ans, de 1993 à 1997, les quelques dizaines de e-zines deviennent plusieurs centaines. Pendant la même période, la signification même de e-zine s’élargit pour recouvrir tout type de publication publiée par voie électronique, même s’"il subsiste toujours un groupe original et indépendant désormais minoritaire qui continue de publier suivant son cœur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un e-zine". En été 1998, l’E-zine-list comprend 3.000 titres. (Elle sera poursuivie jusqu’en novembre 2001.)

= La presse électronique francophone

La presse électronique francophone débute en novembre 1994 avec Les Chroniques de Cybérie, suivies par LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) en février 1996 et Multimédium en avril 1996.

Jean-Pierre Cloutier, journaliste québécois, lance en novembre 1994 Les Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire des actualités du réseau, en collaboration avec Mychelle Tremblay. Cette chronique est d'abord une lettre envoyée par courriel. En avril 1995, elle est également présente sur le web. Au fil des ans, elle devient une référence dans la communauté francophone, y compris dans le domaine du livre.

Comment les Chroniques ont-elles débuté? En 1994, après avoir été journaliste pendant de nombreuses années, Jean-Pierre Cloutier est à la tête d’une petite société de traduction. "J'ai mis de côté mes activités de traduction pour devenir chroniqueur, relate-t-il en juin 1998. Au début, je le faisais à temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi un retour au journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au début, les Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de fond du réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et internationale dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les ressources (documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."

A la consternation des lecteurs, les Chroniques cessent provisoirement leur parution en octobre 1997, pour des raisons budgétaires. "Au Québec, (…) les annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes", expliquent à la même date Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay. Six mois plus tard, en avril 1998, les Chroniques sont de retour grâce à leur alliance avec le Webdo de Lausanne (Suisse) qui, pendant deux semaines, en détient l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles sont ensuite archivées sur le site québécois initial, avec moteur de recherche.

Lancé à Paris en février 1996, LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) se présente comme "l’hebdomadaire internet immatériel et francophone", et se veut la référence française pour les technologies de l'information. Sous l’égide de François Vadrot, directeur des systèmes d’information du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), LMB Actu complète Le Micro Bulletin, revue imprimée destinée aux universitaires et aux chercheurs. Diffusé gratuitement par courriel tous les jeudis matin, LMB Actu est ensuite archivé sur le web. (Il est remplacé par Internet Actu en septembre 1999.)

Mis en ligne en avril 1996, le cybermag québécois Multimédium se présente comme le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". L'actualité québécoise, francophone et internationale est présentée sous forme d'articles courts renvoyant aux sources (dépêches, sites web, etc.). La rubrique Infos Technos est une sélection de revues informatiques disponibles en ligne.