5.3. Le développement de la presse en ligne
= De plus en plus de titres sur le web
Selon Henri Pigeat, président de l’Institut international des communications, "l’édition électronique représente un axe majeur de développement pour la presse". D'après lui, le web a trois fonctions essentielles: a) il est un outil de promotion pour le journal parce qu’il attire de nouveaux lecteurs, souvent plus jeunes; b) il offre plus de précisions et une vision plus exhaustive qu’un support papier limité par la place; c) il "permet d’occuper le terrain, notamment face à la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la télévision".
La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion observée entre 1994 et 1998? C’est l’avis d'Eric K. Meyer, journaliste indépendant qui publie un article très documenté sur le site de l'AJR/NewsLink (AJR: American Journalism Review). En décembre 1997, le nombre de journaux présents sur le web est de 3.622, un chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres donnée par le même site en 1994. 471 titres sont mis en ligne entre juin et décembre 1996, 594 titres entre décembre 1996 et mai 1997 et 1.702 titres entre juin et décembre 1997. Sur les 3.622 titres recensés en décembre 1997, on en compte 1.563 basés hors des Etats-Unis, soit un pourcentage de 43%, alors que ce pourcentage était seulement de 29% en décembre 1996. Cette forte augmentation correspond à la mise en ligne de nombreux titres au Canada, au Royaume-Uni, en Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait peu surprenant, les trois pays les plus représentés sont les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux) et le Canada (230 journaux). Quelques mois plus tard, en septembre 1998, le nombre de journaux présents sur le web est de 4.925, soit 1.300 de plus que fin 1997.
Fait qui mérite d’être signalé, aux Etats-Unis, de grands groupes de presse traditionnellement concurrents tentent de travailler ensemble. Lancé en février 1997 par le News Century Network, NewsWorks est un site rédactionnel commun à neuf groupes de presse (Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder, The New York Times Company, Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company), soit 140 titres. Ce site commun dure 13 mois. La mésentente et le manque de cohésion entre les partenaires ont raison de cette alliance en mars 1998. Même si le partenariat semble difficile, il existe désormais un précédent pouvant ouvrir la voie vers d’autres serveurs d’information nationaux et internationaux.
= L’information exclusive en ligne
Dans le quotidien Libération du 21 mars 1997, Laurent Mauriac, journaliste, insiste sur l’importance de la date du 28 février 1997 dans l’histoire de la presse, du journalisme et de l’internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l’un des dix grands quotidiens américains, livre en ligne une information exclusive: la reconnaissance de sa culpabilité par Timothy McVeigh, le principal suspect de l'attentat d'Oklahoma City (perpétré le 19 avril 1995 et ayant tué 168 personnes). Pour la première fois, une information exclusive n’est pas livrée par une édition imprimée mais par une édition en ligne. Elle renverse les rapports d’un journal avec son site web. Jusque-là, l’édition en ligne se contentait d’être une copie de l’édition papier.
Moins d’un an après, le mécanisme est au point. Pierre Briançon, lui aussi journaliste à Libération, explique le 30 janvier 1998 que le scandale provoqué par les relations sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec Monika Lewinski, stagiaire à la Maison Blanche, est "le premier grand événement politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le web". Tous les grands médias d'information ont une page web spéciale consacrée au scandale. "Pour la première fois, le web apparaît ainsi comme un concurrent direct et brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité - mais des radios ou télévisions."
L’affaire Clinton-Lewinsky provoque aussi quelques dérapages. Dans un entretien publié en mars 1998 par le magazine allemand Com!, Hermann Meyn, président du Deutscher Journalisten Verband (DJV) (Fédération des journalistes allemands), propose d'établir un code de déontologie professionnelle à l’intention des journalistes de la presse en ligne, afin d'éviter de tels dérapages à l'avenir. Le flux d'informations étant beaucoup plus rapide sur l’internet que dans les médias classiques, les rumeurs et fausses nouvelles sont légion. Un tel code paraît donc indispensable, plutôt que des lois nationales qui s'avéreraient sans doute inefficaces, l'internet étant un réseau à vocation mondiale.
= Presse et convergence multimédia