Consacré lui aussi à l’Algérie, le journal électronique Nouvelles du bled est lancé en décembre 1997 à Paris par Mohamed Zaoui, journaliste algérien en exil, et Christian Debraisne, français, responsable de la mise en page. L’équipe rassemble une douzaine de personnes qui se retrouvent le jeudi soir dans un café du 11e arrondissement. La revue de presse est effectuée à partir des journaux d’Alger. Dans Le Monde du 23 mars 1998, Mohamed Zaoui explique: "La rédaction d'El Watan, par exemple, nous envoie des papiers qu'elle ne peut pas publier là-bas. C'est une façon de déjouer la censure. J'avais envie d'être utile et j'ai pensé que mon rôle en tant que journaliste était de saisir l'opportunité d'internet pour faire entendre une autre voix entre le gouvernement algérien et les intégristes." Christian Debraisne ajoute: "Avec internet, nous avons trouvé un espace de libre expression et, en prime, pas de problème d'imprimerie ni de distribution. Je récupère tous les papiers et je les mets en ligne la nuit à partir de chez moi." Nouvelles du bled paraît jusqu’en octobre 1998.

= Un médium à part entière

Selon une enquête menée en février 1998 aux Etats-Unis par Market Facts (devenu ensuite Synovate) pour le compte de MSNBC (Microsoft Network Broadcasting Corporation), l’internet supplante désormais les médias classiques en tant que diffuseur de nouvelles. Avec une moyenne d'utilisation de 3,5 heures par semaine, l’internet supplante les magazines (2,4 heures) et il est pratiquement à égalité avec les journaux (3,6 heures). Il tend à se rapprocher de la radio (4,5 heures), de la télévision par câble (5 heures) et de la télévision classique (5,7 heures). L’internet l'emporte largement sur l’imprimé pour la consultation des nouvelles au bureau, particulièrement les nouvelles économiques et financières.

Signe des temps, en France, l’Ecole supérieure de journalisme de Lille propose une formation au journalisme multimédia, cette formation durant neuf mois, dont trois mois de stage en entreprise. "En associant sur un même support l'écrit, l'image, le son, les ressources documentaires et l'interactivité, le multimédia modifie substantiellement les pratiques des éditeurs et des professionnels", indique l'Ecole sur son site. Terminée en juin 1998, la première session comprend huit diplômés. Une deuxième session débute en septembre 1998. Dans un article du cybermag Multimédium daté du 17 avril 1998, Bruno Guglieminetti, réalisateur aux projets spéciaux numériques de Radio Canada, explique: "Le journalisme en ligne fait appel à une toute autre philosophie, à un tout autre système de production que le journalisme 'traditionnel'. Avec la création de cette filière, Lille se plante vraiment à l’avant-garde du journalisme européen, ce qui n’empêchera pas les journalistes traditionnels d’y recevoir leur formation et d’y trouver leur compte."

Par ailleurs, le Syndicat national des journalistes (SNJ) œuvre pour que soit respectée la protection du droit d’auteur sur l’internet. En mars 1998, le SNJ entame sa troisième poursuite contre un organe de presse écrite pour l’obliger à rétribuer les journalistes dont les articles sont repris sur le web. Après avoir poursuivi les Dernières nouvelles d’Alsace puis le Groupe Havas, le SNJ s’attaque au Figaro pour "contrefaçon et exploitation ligitieuse" des articles de la rédaction mis en ligne sur son site web. Selon le cybermag Multimédium, qui consacre un article à ce sujet, "la poursuite s'appuie sur l'article 9 de la convention collective qui stipule que 'si un journaliste est appelé par son employeur à collaborer à un autre titre que celui ou ceux auxquels il est attaché, ou à exécuter son contrat de travail selon un mode d'expression différent, cette modification doit faire l'objet d'un accord dans les conditions prévues à l'article 20, c'est à dire qu'un échange de lettres sera nécessaire chaque fois qu'interviendra une modification du contrat de travail'. L'employeur ayant décidé de mettre en ligne les articles sans l'accord des journalistes, et ceux-ci estimant que la publication en ligne n'est pas la même que l'imprimée à laquelle ils sont liés, le syndicat estime que la convention collective n'est pas respectée."

= L’avenir de la presse en ligne

L’internet permet une information en profondeur qu’aucun organe de presse ne pouvait donner jusqu’ici. Derrière l’information du jour se trouve toute une encyclopédie qui aide à la comprendre. Le réseau offre des avantages sans précédent: rapidité de propagation des informations, accès immédiat à de nombreux sites d’information, liens vers des articles et sources connexes, énormes capacités documentaires allant du général au spécialisé et réciproquement (cartes géographiques, notices biographiques, textes officiels, informations d’ordre politique, économique, social, culturel, etc.), grande variété d’illustrations suite à la création de banques d’images et de photos, possibilité d'archivage des articles, avec moteur de recherche permettant de les retrouver rapidement, etc.

L’internet est devenu lui-même un médium d’information à part entière. La presse en ligne reste toutefois essentielle, comme le rappelle en juin 1998 Jean-Pierre Cloutier, journaliste et auteur des Chroniques de Cybérie: "Quel que soit le degré de convergence, je crois qu'il y aura toujours place pour l'écrit, et aussi pour les analyses en profondeur sur les grandes questions." Selon lui, la presse en ligne a tout autant besoin des journalistes que la presse écrite, la radio et la télévision. Dans un article de WebdoMag daté de juillet 1998, il explique: "L'esprit de découverte et le goût de l'exploration et du bricolage technique de ceux et celles qui ont été précoces à adopter l'internet (…) ne sont pas partagés par la deuxième vague d'utilisateurs qui constituent maintenant la partie la plus importante de cette 'masse critique'. Et voilà le défi de la presse spécialisée, c'est-à-dire accompagner le grand public dans sa découverte du nouveau médium et dans son appropriation de l'espace cyber, l'aider à analyser, faciliter sa compréhension, ajouter une valeur à l'information brute."

6. LES BIBLIOTHEQUES ET L'AVENTURE INTERNET

[6.1. Sites web et répertoires / 6.2. L’internet dans les bibliothèques / 6.3. Les professionnels de l’information / 6.4. Les catalogues en ligne]