Enfin les listes de diffusion. Celles-ci permettent de communiquer le même message à de très nombreux inscrits. La plus connue est Biblio-fr, créée en 1993 par Hervé Le Crosnier, professeur à l'Université de Caen (Normandie). Ouvert aux bibliothécaires et documentalistes francophones et à toute personne intéressée par la diffusion électronique de l'information documentaire, Biblio-fr compte 3.329 abonnés le 20 décembre 1998. La liste se veut le regard francophone des documentalistes sur les questions soulevées par le développement de l’internet: diffusion de la connaissance, organisation de collections de documents électroniques, maintenance et archivage de l'écrit électronique. Son but est également d’assurer la présence de la langue française sur un réseau multilingue qui accorde leur place à toutes les cultures.

Des portails sont créés pour les bibliothèques, par exemple Biblio On Line, géré par Quick Soft Ingénierie, société informatique parisienne. En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, rédacteur et webmestre de Biblio On Line, relate: "Le site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version (l'actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de ce site est d'aider les bibliothèques à intégrer internet dans leur fonctionnement et dans les services qu'elles offrent à leur public. Le service est décomposé en deux parties: a) une partie 'professionnelle' où les bibliothécaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions, et les projets et réalisations ayant trait à leur activité; b) une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'internet, villes et provinces, etc… permet au public des bibliothèques d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entrée vers internet."

Connue pour son dynamisme, l’ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) propose sur son site web une section Référence qui comprend notamment des dossiers thématiques (histoire du livre, enseignement à distance, bibliothèques électroniques, cours en sciences de l'information, économie du document, normes et normalisation, droit de l'information) et une liste de revues en sciences de l'information.

Le site de l’ENSSIB héberge la version électronique du Bulletin des bibliothèques de France (BBF), une revue professionnelle bimensuelle dans laquelle "professionnels et spécialistes de l'information discutent de toutes les questions concernant la politique et le développement des bibliothèques et des centres de documentation: évolution par secteur, grands projets, informatisation, technologies de l'information, écrits électroniques, réseaux, coopération, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et lecture…" En juillet 1998, Annie Le Saux, rédactrice de la revue, relate: "C'est en 1996 que le BBF a commencé à paraître sur internet (les numéros de 1995). (…) Nous nous servons beaucoup du courrier électronique pour prendre contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue grandement les délais. Nous avons aussi recours au web pour prendre connaissance des sites mentionnés lors de colloques, vérifier les adresses, retrouver des indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothèques…"

Les associations de bibliothécaires sont également présentes sur le web. Avec ses 3.500 adhérents, l'Association des bibliothécaires français (ABF) est la principale association de bibliothécaires en France. L’Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS) propose pour sa part un site bilingue français-anglais articulé autour de trois grandes rubriques: vie associative, vie professionnelle, produits et services. Elle gère aussi une liste de diffusion dénommée ADBS-info.

= Le rôle du bibliothécaire

Avec cette manne documentaire qu’offre désormais l’internet, que vont devenir les bibliothécaires-documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n’auront tout simplement plus besoin d’eux?

Dans son livre Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley à New York), Paul Gilster assure que ce sont les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement de l’internet, notamment par le biais des bibliothèques numériques. Surpris par le pessimisme qui saisit les bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que celui-ci est sans fondement. D’après lui, l’internet n’est pas plus une menace pour les livres que l’avion n’était une menace pour la voiture. Le livre imprimé gardera son utilité pendant que l’internet se développera, et ces deux vecteurs de connaissance seront en quelque sorte des voies parallèles ayant des fonctions complémentaires.

Cependant, au moins pour les bibliothèques spécialisées, on ne voit plus guère l’utilité d’aligner des documents sur les rayons, alors qu’il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la demande. Ces bibliothèques sont en pleine période de transition.

Par contre, les bibliothèques nationales et autres grandes bibliothèques de conservation auront toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits, les incunables, les livres imprimés, les collections de journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les affiches, les photos et les films qui se sont accumulés au fil des siècles par le biais du dépôt légal.