L’avenir des bibliothèques publiques est plus mitigé. Pour le moment, personne n’est prêt à lire à l’écran un roman de Zola ou de Proust. Question de génération peut-être. Les enfants qui jouent avec l’ordinateur familial dès l’âge de trois ans ne verront peut-être aucun problème à lire les classiques à l’écran. Les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et légers, et la qualité des écrans s’améliore chaque année. De plus, on nous annonce pour bientôt des livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d'un livre, qui permettront de lire et stocker une dizaine d'oeuvres dans un premier temps, et bien davantage ensuite. (En effet, le Rocket eBook et le Softbook Reader, premiers modèles de livres électroniques, sont lancés début 1999 en Amérique du Nord, et d’autres modèles suivent.)

Le métier de bibliothécaire, qui s’est beaucoup transformé avec l’apparition de l’informatique, continue de se transformer avec le développement de l’internet.

L’informatique a permis au bibliothécaire de remplacer ses milliers de fiches sur bristol par des catalogues informatiques consultables à l’écran, avec un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant disparaître l’impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des opérations manuelles.

L’informatique en réseau a permis la naissance de catalogues collectifs permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues des bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité, entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt inter-bibliothèques et le regroupement des commandes auprès des fournisseurs.

Dans les années 1980, des bibliothèques ouvrent un serveur minitel pour la consultation de leur catalogue, désormais disponible au domicile du lecteur. A partir de 1995, ces catalogues sont progressivement transférés sur l’internet, avec une consultation plus souple et plus attractive que sur minitel. Parallèlement, la mise en ligne de sites web permet d'offrir un ensemble de documents numérisés ou encore un choix de liens hypertextes vers d’autres sites, évitant ainsi aux usagers de se perdre sur la toile.

Nombre de bibliothécaires se spécialisent dans la sélection de ressources internet à destination des lecteurs. Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, Paris), relate en juin 1998: "Je dois filtrer l’information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu’ils proposent. J’ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de l’OCDE. Cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de référence contient des pages de référence recensant les articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres."

Comment voit-il l’avenir de la profession? "L’internet offre aux chercheurs un stock d’informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu’ils cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti une telle surcharge d’informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche disponibles sur le web. A mon avis, les bibliothécaires auront un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l’organisation de l’information sur le réseau. Je prévois aussi une forte expansion de l’internet pour l’enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas l’occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par courriel, par téléphone ou par fax, j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie électronique."

6.4. Les catalogues en ligne

= Le catalogue, un outil essentiel

Pourquoi toute une section sur les catalogues? Parce que, dans le domaine du livre, le catalogue correspond au cerveau chez l’être humain.